‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 236 sur 358 · MORALE DE SPINOZA · texte numérisé non relu

MORALE DE SPINOZA

vérité éternelle, et Spinoza l'appelle Vamour intellectuel de Dieu. Intellectuel, disons-nous, et non pas moral. Spinoza ne s*élève jamais au-dessus de la pure intelligence. Toutefois Tintelligence est déjà en elle-même si divine, qu'elle finit par éclairer toute cette doctrine d'une lumière d'en haut.

« 11 n'y a d'amour éternel, dit Spinoza, que l'amour intellectuel. » Et il ajoute : « Dieu s'aime soi-même d'un amour intellectuel infini. » Confondre notre amour de Dieu avec cet amour de Dieu pour soi, voilà la vie éternelle : nous vivons alors en Dieu, nous sommes Dieu, a L'amour intellectuel de l'âme pour Dieu (( est l'amour même que Dieu éprouve pour soi, non pas en tant « qu'infini, mais en tant que sa nature peut s'exprimer par l'es- « sence de l'âme humaine considérée sous le caractère de 1 eter- « ni té ; en d'autres termes, l'amour intellectuel de l'âme pour « Dieu est une partie de l'amour infini que Dieu a pour soi-même. .. « 11 résulte de là que Dieu, en tant qu'il s'aime lui-même, aime (( aussi les hommes, et par conséquent que l'amour de Dieu pour (( les hommes et l'amour intellectuel des hommes pour Dieu ne u sont qu'une seule et même chose. Ceci nous fait clairement (( comprendre en quoi consiste notre salut, notre béatitude, en « d'autres termes notre liberté, savoir, dans un amour constant « et éternel pour Dieu, ou, si l'on veut, dans l'amour de Dieu pour « nous (1). »

Plus nous aimons Dieu, c'est-à-dire plus nous le connaissons, plus nous vivons de la vie bienheureuse et'éternelle. « A mesure « que l'âme connaît un plus grand nombre de choses d'une con- « naissance du second et du troisième genre [scientifique et méta- (( physique], elle est moins sujette à pâtir sous l'influence des affec- « tiens mauvaises, et elle a moins de crainte de la mort... Il en (( résulte que l'âme peut être d'une nature telle que ce qui périt « d'elle avec le corps ne soit d'aucun prix en comparaison de ce qui « continue d'exister après la mort. » L'impersonnelle raison, voilà ce qui subsiste; la mémoire et l'imagination, voilà ce qui disparait. C'est ce qu'avait dit déjà Aristote en admettant l'éternité de l'entendement actif. « La partie éternelle de l'âme, dit Spinoza, c'est « l'entendement, par qui seul nous agissons ; et celle qui périt, « c'est l'imagination, principe de toutes nos facultés passives. »

L'éternité de l'âme, qui est sa béatitude, ne doit pas être considérée comme un salaire de la vertu. « Alors même, dit Spinoza,

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