MORALE DE LEIBNIZ
quelle le mouvement visible n'est que le signe de Tinvisible désir, a — Les lois du mouvement, dit Leibniz, naissent de la « perception du bien et du mal, ou de ce qui est le plus conve- « nable. Les causes efficientes dépendent ainsi des causes finales; « les choses spirituelles sont par nature antérieures aux maté- « rielles, de même que nous voyons Tâme, qui nous est intime, « plus intérieurement que le corps, comme Tont remarqué Platon « et Descartes (l). » La fatalité en ce monde n'est donc qu'une apparence; tout s'explique par le développement d'un ressort intérieur, qui est la tendance à la perfection ou le désir spon-. tané du bien.
IV. Au-dessus du désir spontané s'élève la volonté libre, et c'est le règne de la volonté libre qui peut seul constituer, par opposition au monde physique, un monde vraiment moral. De môme que Leibniz a concilié d'abord le mécanisme et le dynamisme, puis la causalité et la finalité, il va s'efforcer maintenant de concilier le règne de la nature et le règne de la moralité, qu'il désigne parfois sous le nom théologique de « règne de la grâce. » — Sera-t-il aussi heureux dans cette conciliation que dans les précédentes, et nous donnera-t-il une idée suffisante de la liberté morale ?
Les premières conditions de la liberté, qui en sont, dit Leibniz, « comme le corps et la base, » sont la spontanéité et la contingence. Ces conditions se trouvent au fond de tous les êtres. Quel est le développement nouveau qui doit s'ajouter à l'activité spontanée et contingente pour qu'elle devienne une activité libre ? — C'est l'intelligence, répond Leibnitz ; « l'intelligence est comme l'âme de la liberté (2). »
La liberté, en effet, ne consiste point pour Leibniz dans une volonté indifférente, qui agirait sans motif ou contre le motif le plus inclinant. « L'indifférence, dit-il, naît de l'ignorance, et plus « on est sage, plus on est déterminé à ce qu'il y a de plus par- « fait... Toutes les actions sont déterminées et jamais indiffé- « rentes, parce qu'il y a toujours une raison qui incline. Rien ne « se fait sans raison. La liberté d'indifférence est donc impossible, « et ne se trouve môme pas en Dieu (3). » Si la liberté existe