Edit. Erdmann
324 PHILOSOPHIB DE LBIBNIZ.
quelque part, c'est quand nous agissons avec des motifs. Dès lors, il faut bien que les motifs contribuent à la liberté au lieu de la détruire. 'Et en effet, dit Leibniz, la liaison des motifs, ou, ce qui revient au même, la liaison des causes et des effets, « bien loin c de produire une fatalité insupportable, fournit plutôt un moyen « de la lever. » Ce moyen, c'est d'abord de donner à l'être libre la connaissance des raisons de ses actes. « Pour appeler les « actions libres, nous demandons non-seulement qu'elles soient c spontanées, mais encore qu'elles soient délibérées. » <v La lift berté est la spontanéité de l'être intelligent (1). » De ce que la volonté d'un être intelligent est toujours conforme aux motifs, faut-il en conclure que cette volonté n'est pas libre ? Non, car les motifs qui me déterminent sont mes motifs, et en leur obéissant, c'est à moi que j'obéis ; or, ne dépendre que de soi, c'est précisément la liberté. Mais si mes motifs sont des passions, sufiB.ra-t-il que je connaisse ces passions pour qu'elles deviennent mon activité propre ? Non sans doute. Il faut dpnc que les motifs de mon action, pour être compatibles avec la liberté, et être vraiment mienSy se confondent avec moi-même : car alors, dépendre de mes motifs, ce sera ne dépendre que de moi ; or, quels sont les seuls motifs qui se confondent ainsi avec ma propre nature? Ce sont les motifs rationnels ; car, au fond, la raison est mon essence ; je suis moi parce que je suis intelligent, et je suis intelligent parce que je suis raisonnable. C'est donc seulement lorsque je suis raisonnable, lorsque j'agis selon la raison que je suis vraiment libre : a L'âme, dit Leibniz, est libre dans les actions « volontaires où elle a des pensées distinctes et où elle montre « de la raison ; mais les perceptions confuses, réglées sur le corps, «c naissent des perceptions confuses précédentes, sans qu'il soit € nécessaire que Tàme les veuille et qu'elle les prévoie. » — <( Dieu seul est parfaitement libre, et les esprits créés ne le sont « qu'à mesure qu'ils sont au-dessus des passions (2). » 11 en résulte que la liberté est variable comme la sagesse même : plus on est sage et vertueux, plus on est libre, car, étant en possession de sa raison, on est en possession de soi et on agit par soi.
L'activité rationnelle, en même temps qu'elle est le vrai fond de l'individualité, est aussi ce qui représente le plus distinctement l'universel : elle est le « miroir i du monde et surtout de