REID, STEWART, HAMILTON
Selon Thomas Reid, la philosophie doit être fondée sur le sens commun. La psychologie est une histoire naturelle de l'âme ayant pour méthode la simple observation des phénomènes. La métaphysique est supprimée. — Dugald Stewart continue la même tradition. — Hamilton, au dixneuvième siècle, donne à la philosophie écossaise sa forme la plus
connaître Tinconditionnel ou l'absolu, ce serait le détruire. L'absolu ne peut être qu'un objet de foi, non de connaissance.
I. Locke, né en Angleterre en 1682, mort en 1704 (1), continue la tendance qui caractérise la philosophie anglaise : c'est un des fondateurs de la psychologie empirique. Il n'a ni la méthode rigoureuse de Hobbes, ni des principes aussi arrêtés ; il se fie trop au sens commun et mêle souvent des observations superficielles à ses fines analyses ; l'induction vulgaire est substituée par lui à la déduction scientifique. Néanmoins sou Essai sur l'entendement humain eut le mérite de poser plusieurs problèmes importants et d'en préparer la solution.
La question dont Locke se préoccupe avant tout est celle de l'origine des connaissances. Il critique la doctrine des idées innées qu'il prend en un sens étroit, comme si on supposait des idées toutes faites et des propositions toutes formulées que l'homme apporterait en naissant. Selon lui, point de connaissances, de maximes, de principes innés : rien dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans les sens. Il est cependant obligé de reconnaître comme source des idées, outre la sensation^ la réflexion ; mais par là il entend seulement l'observation des phénomènes intérieurs, et il ne se demande point si Tesprit aperçoit eu lui-même autre chose.
De cette doctrine empirique sur l'origine des idées dérive la doctrine de Locke sur les limites de notre connaissance. — Pour lui, ce sont les limites de l'expérience ' même. Il faut renoncer aux questions concernant la substance et l'essence des objets : la substance se résout pour nous en un assemblage de sensations ; quant à Tessence intime des choses, nous ne pouvons la connaître, car nous ne connaissons que l'effet des choses sur nous. Nos sensations, par exemple, ne ressemblent pas plus aux objets que les mots aux idées. Aussi ne pouvons-nous savoir ce qu'est la matière en elle-même, et si Dieu n'a pas pu lui donner le pouvoir de penser.
II. Le but que Locke se proposait dans sa philosophie était surtout pratique, moral et social. Ses théories morales se ramènent à la doctrine du bonheur et de l'intérêt ; mais ses théories sociales
1. OEuvres complètes, Londres, 1853. Principaux ouvrages : Essai sur Ventendement humain et Essai sur le gouvernement civil.
et politiques contiennent un grand nombre de vérités qui exeN cèrent leur influence sur tout le dix-huitième siècle. Le principal titre de Locke, c*est d'avoir été un des fondateurs du libéralisme^ moderne.
Sans doute Locke demeure toujours fidèle à l'esprit de la philosophie anglaise, qui résout l'idée du droit dana celle de Tutilité ^ individuelle ou sociale ; mais, s'il n*» t%a*»>»4.— meçt véritable du droit, je
comme absolue et infinimc ■, m
naît cependant et que tout des droits est la liberté m^*.
C'est qu'aux yeux de L* la suite, est la nature m l'état de nature en le re règne la loi du plus fort ; 1 nature même de Thomme hommes, abstraction faite Eh bien, la nature de l'ho comme Hobbes le supposa la relation naturelle des h d'une force brutale à une droit du plus fort ; c'est libre, qui aboutit à l'égal indépendamment des conv les hommes une société nat droit naturel antérieur au
Les hommes n'ont don comme le soutient Hobbes.
lopper et le droit de défem en dérive.
Au droit naturel de déve propriété, qui est égalemeiî un des points les plus neu Quel est le principe par 1 l'intervention de l'autorité dans la communauté univt priétaire ? Avant Locke on pation ou dans la loi ; Loc question et trouve le fond — « Encore que la terre et « munes, chacun pourtant
« personne. Le travail de son corps et l'ouvrage de ses /inains « sont, nous le pouvons dire, son bien propre. Tout ce qu'il a « tiré de l'état de nature, par sa peine et son industrie, appartient à « lui seul ; car, cette peine et cette industrie étant sa peine et son « industrie propre, personne ne saurait avoir droit sur ce qui a été « acquis par cette peine et cette industrie, surtout s'il reste ft aux autres assez de semblables et d'aussi bonnes choses com- « munes. (I) » L'occupation elle-même n'est qu'un travail : cela est évident lorsqu'elle exige de grands efforts, comme l'occupation d'une partie de l'Amérique par Christophe Colomb ; mais la moindre des occupations, celle qui consisterait, par exemple, à cueillir un fruit sur un arbre, suppose toujours un certain effort et un certain travail ; voilà pourquoi le fruit, s'il n'était antérieurement à personne, devient la propriété naturelle de celui qui le cueille : car ce dernier l'a mis par son travail hors de l'état commun.
Ainsi se fait l'appropriation pour les fruits de la terre ; mais en est-il ainsi pour la terre elle-même? — Autant je puis, répond Locke, ensemencer et labourer d'arpents de terre, autant j'en puis posséder, sauf quelques restrictions dont on parlera tout à l'heure. Locke va même jusqu'à dire que c'est le travail qui crée presque toute la valeur de la terre ; par là il devance Adam Smith et les économistes, qui placent dans le travail le principe de la valeur. « Qu'on fasse différence, dit-il, entre un arpent de terre où « on a planté du tabac ou du sucre, ou semé du blé ou de l'orge, « et un arpent de la même terre qui est laissé en commun, sans « propriétaire qui en ait soin, et l'on sera convaincu que les « effets du travail font la plus grande partie de la valeur de ce qui a provient des terres. Je pense que la supputation sera bien mo- « deste si je dis que, des productions des terres cultivées, neuf « dixièmes sont les effets du travail. La conséquence de cette « doctrine, c'est que je suis bien propriétaire de la chose que mon « travail a créée. Car je puis dire que j'ai créé ce qui sans moi « serait absolument inutile. Un champ en friche n'est rien ; il ne a devient quelque chose que par le travail humain. Il appartient « donc de droit à celui qui l'a ensemencé et fécondé. »
Toutefois le droit de propriété, selon Locke, est soumis à deux conditions. La première, c'est que le possesseur né laisse point périr la chose entre ses mains. Ainsi celui qui, s'appropriant plus