‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 266 sur 358 · ADAM SMITH ET LA MORALE DE LA SYMPATHIE · texte numérisé non relu

ADAM SMITH ET LA MORALE DE LA SYMPATHIE

nous détermine à attendre pour Tavenir la même série d'objets à laquelle nous ayons été accoutumés.... Un nombre quelconque d'exemples, supposés exactement similaires, ne renferme rien qui diffère de chaque exemple pris à part; seulement, après une certaine répétition d'exemples similaires, Pesprit est entraîné par l'habitude à attendre, après l'apparition d'un événement, ce qui raccompagne ordinairement, et à croire que cela se produira en effet. Cet enchaînement senti dans notre esprit, ce passage accoutumé de l'imagination d'un objet à ce qui l'accompagne d'ordinaire, est le sentiment ou l'impression par laquelle nous nous formons l'idée de puissance ou de connexion nécessaire... Une cause est un objet qui en précède un autre, qui lui est contigu dans le temps, et lui est uni de telle sorte que l'idée de l'un détermine l'esprit à se former l'idée de l'autre (1). Il existe donc une sorte d'harmonie préétablie entre le cours de la nature et la succession de nos idées; et quoique les puissances et les forces par lesquelles la première est gouvernée nous soient pleinement inconnues, nos pensées et nos conceptions ne laissent pas, en définitive, d'avoir toujours suivi la même marche que les autres ouvrages de la nature. L'habitude est le principe par lequel cette correspondance a été effectuée... Gomme la nature nous a enseigné l'usage de nos membres, sans nous donner la connaissance des muscles et des nerfs par lesquels ces mouvements sont accomplis, de même elle a implanté en nous un instinct qui entraîne la pensée en avant, suivant un cours correspondant à celui qu'elle a établi parmi les objets extérieurs..,. Que nous attachions de toutes nos forces notre attention sur nous-mêmes, que nous portions notre imagination jusqu'aux cieux ou jusqu'aux derniers confins de l'univers, nous ne faisons point un seul pas hors de nous>mêmes, et nous ne concevons d'autre existence que les perceptions qui nous sont apparues dans ces étroites limites. C'est là l'univers de l'imagination, et nous n'avons point d'autre idée que ce qui s'y produit (2). »

Tel est l'empirisme de Hume. Il sera renouvelé plus tard par toute l'école anglaise et par le positivisme français; il sera combattu en Allemagne par Kant, et en France par Maine de Biran (3).

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