MÉTHODE DE KANT
Critique de la raison pratique. La morale. — I. Le devoir.— Deux espèces de commandements ou d' «c impératife. i> Commandements conditionnels ou hypothétiques, comme ceux de Tintérèt. Commandements absolus ou catégoriques, qui sont ceux du devoir. — IL Essence et formule du / Vi ^ . devoir. — Unç seule chose dans le monde a une valeur absolue: la bonne ^^ ' ^ ^'^ ^ volonté. La volonté libre et raisonnable est l'essence même du devoir ; / elle est tout à la fois le sujet et Tobjet de la loi morale. De là Tautonomie de la volonté. — Première formule de la loi morale : «^ Agis de telle sorte que tu traites toujours la volonté raisonnable, c'est-à-dire l'humanité, en toi et en autrui, comme une fin et non comme un moyen. » — Deuxième formule de la loi morale : c Agis comme si tu étais législateur eu même temps que sujet dans la république des volontés libres et raisonnables. » — Troisième formule de la loi morale : « Agis de telle sorte que la raison de ton action puisse être érigée en loi universelle pour toute volonté raisonnable et libre. » — III. Le droit, — Le respect absolu de la personne libre est le fondement moral du droit comme du devoir. Formule du droit : u Agis extérieurement de telle sorte que ta liberté puisse s'accorder avec la liberté de tous. » — Tout droit engendre la faculté de contraindre. — Du droit de propriété. — Du droit international. C'est un devoir pour les individus et pour les peuples de travailler à rétablissement de la paix. « Projet de paix perpétuelle. » Conditions principales de cette paix.
IV. L'Art. — Entre la science théorique et la morale pratique, l'art est un intermédiaire. Critique du jugement esthétique. La beauté est la représentation symbolique de la moralité, et par conséquent de la liberté, au moyen des formes de la vie. Différence du beau et du sublime. Le sublime est Tinfini^ il n'est pas vraiment dans la nature, mais dans la pensée. Caractères qui appartiennent au sentiment du sublime. — Conclusion : comme la science, comme la vertu, l'art a pour but de développer en nous la conscience de la liberté.
La lecture de Hume avait produit sur l'esprit de Eant une profonde impression, et lui avait fait comprendre Tinsuffisance des deux espèces de métaphysique qui s'étaient jusque-là partagé les esprits : dogmatisme et scepticisme. La philosophie, daus sa partie expérimentale, par exemple dans la psychologie, avait fait d'incontestables progrès ; mais dans sa partie métaphysique, qui est cependant la plus importante, elle semblait livrée à des disputes sans issue. Les métaphysiciens dogmatiques, dit Eant, aux prises avec les idées, paraissent lutter avec des ombres ; « quand ils croient combattre avec avantage, les ombres qu'ils pourfendent se reproduisent en un clin d'œil comme les héros de Walhalla, en sorte qu'ils peuvent toujours se donner le plaisir de frapper des coups sanglants. » Les sceptiques, témoins de ces luttes; nièrent la possibilité de toute métaphysique ; mais leurs négations, utiles pour contrebalancer des affirmations excessives n'étaient au fond pas mieux démontrées. De ce qu'on n'a pu jusqu'ici résoudre un problème, il n'en résulte pas que le problème
soit insoluble, à moins qu'on n'ait démontré à priori qu'il dmt être insoluble et qu'on n'en ait donné ainsi une solution crUiqut, Le dogmatisme attribue à notre raison un domaine sans limites; le scepticisme lui refuse tout domaine légitime ; le seul moyen de clore le différend, c'est de déterminer les bornes de la pensée en étudiant à fond la constitution même de la pensée : c*est ce que Kant appelle la critique de la raison. Supposons qu'on ne connaisse encore par T'expérience ni la forme ni l'étendue de la terre, on pourra, comme les anciens, discuter pour savoir si elle a des limites ou si elle est sans limites ; mais si on parvient, en calculant une certaine portion de sa surface, à démontrer d priori que cette surface est sphérique et qu'elle a telle étendue déterminée, les discussions cesseront aussitôt : on ne connaîtra pas encore tous les objets qui couvrent la surface de la terre, et que des voyages plus ou moins lointains peuvent découvrir; mais on saura dans quelles limites précises seront nécessairement renfermées les explorations et les découvertes. De même, si on parvient à trouver quelle est la structure de la raison humaine, et pour ainsi dire sa forme essentielle, on pourra dire à l'avance dans quelles limites sont nécessairement renfermées les explorations et découvertes métaphysiques. C'est le but que se propose la philosophie critique de Kant, par opposition à la philosophie dogmatique et à la philosophie sceptique ; au lieu de discuter sur les objets de la pensée, soit pour les affirmer, soit pour les nier, Kant reporte sa réflexion sur la pensée même, pour en scruter la nature et en délimiter la puissance.
La raison, dit Kant, peut se livrer à deux exercices différents; tantôt elle se borne à construire des théories et fait de la spéculation, tantôt elle' agit et fait de la pratique ; et dans ce second cas nous ne sommes plus seulement contemplateurs, nous sommes acteurs. Or, d'après Kant, la valeur de la raison est très- différente, selon qu'elle est théorique ou pratique, selon qu'elle spécule sur les choses qui peuvent exister indépendamment d'elle, ou qu'elle entre elle-même en action pour réaliser un ordre de choses qui doit être son œuvre. De là les deux grandes critiques entreprises par Kant, et dont chacune fait l'objet d'un livre particulier: Critique de la raison pure [ou théorique]^ Critique de la raison pratique.