‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 303 sur 358 · II. - POSSIBILITÉ DE LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

II. - POSSIBILITÉ DE LA MÉTAPHYSIQUE

La sensibilité et l'entendement n'ont pas encore réduit la connaissance à son unité la plus haute. Par une opération supérieure, qu'on nomme proprement raison, la pensée tâche d'embrasser en sa totalité la chaîne des choses et de la suspendre tout entière à un premier anneau : parcourant toutes les séries de faits que la science a mis en ordre, remontant de loi en loi, de condition en condition, elle s'efforce d'atteindre un terme qui serait lui-même « inconditionné. » Cette recherche des premiers principes, comme l'appelaient les anciens philosophes, n'est plus la science positive, mais la métaphysique. Par exemple, le principe premier ou condition suprême de tout ce qui se passe en nous, c'est ce qu'on appelle l'âme ; la condition suprême de tout ce qui se passe autour de nous, c'est cette universalité des objets de l'expérience qu'on nomme Tunivers ; enfin la condition suprême de Tâme elle-même et du monde, c'est ce qu'on nomme Dieu. L'dme, le monde. Dieu, tels sont les trois termes inconditionnés, les trois principes absolve, que conçoit notre raison et que recherche la Métaphysique.

Ces trois termes peuvent-ils être l'objet d'un savoir théorique, et la métaphysique est-elle possible comme science î — Tel est le grand problème auquel la critique de la raison pure vient aboutir.

Leà philosophes qui avaient précédé Eant se flattaient de cons-

truire une science métaphysique, avec les seules ressources de la raison spéculative, sans avoir besoin de faire appel à la moralité pratique et à la volonté. Selon Kant, cette prétention du dogmatisme est une chimère : nous ne pouvons savoir par la raison théorique si Tâme existe ou n'existe pas, si l'univers se su£Blt ou ne se sufBlt pas à lui-même, si Dieu existe ou n'existe pas.

Essayons d'abord de construire la métaphysique à l'aide de l'expérience et de la logique réunies, comme nous construirions une physique ou une géométrie : c'est la vieille méthode, dit Kant, qui n'a produit et ne pouvait produire que des systèmes contradictoires, entre lesquels la spéculation pure ne saurait décider.

La première question de l'ancienne ontologie, c'était de savoir s'il y a en nous une substance simple et identique appelée âme, une sorte de chose pensante, res cogitans^ qui ne serait pas la pensée même, mais un substratumon support de la pensée. Or, dit Kant, il est clair tout d'abord que nous n'avons point l'expérience directe de cette substance ; en d'autres termes^ nous ne l'atteignons pas immédiatement par la pensée, sans quoi elle serait simplement la pensée même, et ce n'est point là ce que la vieille ontologie suppose. Les ontologistes croient que la pensée a besoin d'autre chose qu'elle pour la soutenir. Il faut donc, pour établir l'existence d'une chose pensante, différente de la pensée, faire appel au raisonnement et conclure des phénomènes à la substance cachée dessous. Eh bien, cette conclusion est impossible, et se réduit selon Kant au paralogisme suivant : — La pensée ne se pense ellemême que comme une et simple ; donc la substance cachée sous la pensée est, elle aussi, une et simple. — Qu'en savez-vous? demande Kant. De quel droit passez-vous de ce qui est dans la pensée, je veux dire l'unité et la simplicité, à ce qui est en dehors et au-dessous de la pensée, je veux dire la substance une et simple ? Rien ne prouve que cette substance, si elle existe, soit en elle-même telle qu'eUe est pour notre pensée, et que la réalité inconnue soit entièrement conforme à Tapparence connue.

La seconde question de l'ontologie spéculative concerne la nature absolue de l'univers considéré dans sa totalité. Cette question donne lieu, dit Eant, à des thèses contraires, qui peuvent être également soutenues par des arguments spécieux. Kant appelle ces thèses contraires des antinomies. Les antinomies sont la conséquence naturelle d'une illusion de la raison qui consiste

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