L - MAINE DE BIRAN (l
I. A rancienne méthode des philosophes naturalistes et des philosophes idéalistes, Maine deBiran oppose ce qu'il considère avec raison comme la méthode du vrai spiritualisme. Les naturalistes, comme Condillacet Técole anglaise, ont pour procédé l'observation des phénomènes et la détermination de leurs lois : ils constatent comment se suivent nos sensations, nos pensées, nos désirs ; ils tournent la pensée vers des objets qui, pour être intérieurs, n'en sont pas moins encore distincts du sujet pensant et extérieurs au moi proprement dit. Les idéalistes, de leur côté, en se croyant très-éloignés des naturalistes , étudient aussi des objets de pensée plutôt que le sujet pensant lui-même ; ils spéculent sur la substance, sur les choses intelligibles ou prétendues intelligibles, en un mot sur des objets distincts du sujet. En un mot, la méthode des idéalistes et celle des empirisles sont tournées vers les objets : elles sont « objectives ». Or, dit Maine de Biran, outre les objets pensés, il existe un sujet pensant, et il est clair que le procédé par lequel la pensée se pense elle-même ne devrait pas être assimilé aux procédés par lesquels elle pense d'autres choses : le point de vue intérieur ne saurait être le même que le point de vue extérieur. C'est pourtant une confusion de ce genre qu'on peut reprocher aux psychologues anglais, purs observateurs des phénomènes, et aux métaphysiciens de l'ancienne école, spéculant sur les substances. Que connaissons-nous d'une connaissance vraiment immédiate ? Le sujet, le moi. Quelle est l'expérience positive par excellence ? Celle du
1. 1770-1824. (Euvresy publiées par M. Cousin et par M. Naville.