‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 315 sur 358 · MAINR DE BIP. AN · texte numérisé non relu

MAINR DE BIP. AN

ressort intérieur de uotre mécanisme ; n'est-ce pâs là an abaissement de notre personnalité î Que Teffort, par la réflexion de la résistance sur la puissance, rende cette puissance plus claire pour elle-même, comme un rayon devient plus visible en se réfléchissant, rien de plus vrai; mais l'eff'ort est autre chose que l'essence du moi, puisqu'il indique le point où le moi trouve une borne à son expansion et une limite à sa liberté essentielle. L'effort est plutôt un état inférieur de ma liberté que la vraie possession de ma liberté par elle-même.

Si d'ailleurs on néglige, dans la doctrine de Biran, cette confusion peu justifiée de la volonté avec l'activité motrice, et si on s'en tient aux formules générales de sa philosophie, on ne peut que l'approuver d'avoir aperçu dans la volonté le vrai principe de la personne, et dans les autres facultés de simples opérations de cette volonté essentielle. Pour Maine de Biran, l'intelligence ellemême se ramène à la volonté, dont elle n'est qu'une forme : percevoir, c'est mouvoir et agir ; avoir conscience, c'est encore agir, c'est vouloir ; la raison même n'est qu'une extension de la volonté. Ainsi est maintenue dans la diversité de nos actes l'unité de notre action intime.

Maine de Biran, dans les dernières années de son existence, sentit lui-même l'insuffisance de l'effort moteur et la nécessité d'une vie supérieure à ce reste de mécanisme. S'il n'eût pas tout d'abord identifié la volonté avec la force motrice, il n'aurait eu, pour concevoir la vie morale, qu'à se représenter une volonté vraiment libre, agissant sur soi et non sur l'extérieur, faisant effort sur soi et non sur ses organes, trouvant dans sa victoire sur soi le plus intime sentiment et la plus haute jouissance d'elle-même : il aurait ainsi reconnu dans la moralité l'achèvement de la personne, plus consciente de soi et tout ensemble plus unie aux autres personnes par l'amour. — Telle ne fut pas la direction que prit Maine de Biran. Ayant attaché la conscience à l'effort, il la fait aussi finir avec l'eflbrt. Par la, il conçoit la vie la plus haute comme une vie impersonnelle où le moi disparaît, où la conscience proprement dite est « absorbée », où il ne reste plus de nous qu'une substance mystérieuse unie à la substance divine. Au lieu d'une vie réellement morale, Maine de Biran, sous l'influence des idées théologiques qui l'avaient envahi tout entier, décrit une vie purement mystique. De même Pascal, supprimant la moralité proprement dite avec

la liberté personnelle, concevait son « troisième ordre », si analogue à la « troisième vie » de Biran, comme une absorption de notre personnalité et de notre volonté par la grâce surnaturelle.

La philosophie de la force motrice et la philosophie de la volonté libre avaient été confondues par Maine de Biran. La partie de sa doctrine qu'il avait fondée sur l'entité problématique de la force t devait disparaître bientôt après lui, soit au profit du matérialisme pur, soit au profit du pur mysticisme; la seconde partie, au contraire, fondée sur la plus primitive et la plus positive des expériences, celle de notre vouloir intérieur, devait plus tard reparaître et se développer dans son vrai sens, pour aboutir, non plus à l'abolition mystique, mais à l'exaltation morale de la personnalité.

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