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VICTOH COUSIN ET l'éclkctisme. 421

le sentiment. Il faut choisir, dans ces systèmes, ce qu'il y a de conforme au sens commun et éviter ce qu'ils oflrent d'exclusif.

De là la théorie éclectique de l'origine des idées. Nos connaissances se divisent en deux classes : les perceptions, dont le sensualisme a le droit de maintenir la nécessité, et les conceptions par lesquelles la raison, selon les idéalistes, s'élève aux idées absolues. Les perceptions des sens ne sont pour la raison, dit Victor Cousin, qu'une occasion extérieure, qui l'excite à concevoir par elle-même les idées du temps, de l'espace, de la cause, de la substance, de l'infini, du vrai, du beau, du bien. Victor Cousin n'explique pas comment notre raison peut ainsi concevgir des objets dont nous n'avons aucune expérience : il se contente d'invoquer une sorte de révélation intérieure, une sorte de suggestion. Par là il laisse en suspens le problème essentiel qu'il s'était proposé de résoudre, et s'en tient à des entités dont il ne peut ni montrer l'origine ni démontrer la valeur. Il met l'âme et Dieu parmi ce» objets de conception : nous n'apercevons en nous que des phénomènes et nous concevons l'âme ; nous n'apercevons dans le monde que des phénomènes et nous concevons Dieu. Comment? et quelle autorité attribuer à des conceptions qui demeurent ainsi abstraites ? « Le fini, l'infini et leur rapport » expriment, dit Victor Cousin, les éléments essentiels de notre pensée ; mais Victor Cousin ne parvient ni à déterminer exactement ce qu'il entend par l'infini, ni à montrer le rapport d'une telle conception avec la perception du fini. N'admettant donc ni le système de Kant, ni celui des empiristes, ni celui de Maine de Biran, le fondateur de l'éclectisme se trouve suspendu, sans doctrine propre, entre ces diverses doctrines, et, dans presque toutes les questions, il manque d'originalité.

Victor Cousin, dépourvu du génie de l'invention philosophique, favorisa surtout l'histoire de la philosophie aux dépens de la philosophie même, qu'il réduisit de plus en plus à un enseignement officiel et oratoire des « vérités de sens commun. »

L'histoire de la philosophie n'est, selon Victor Cousin, que la perpétuelle succession des quatre systèmes entre lesquels se partage l'esprit humain, et l'histoire générale elle-même nous montre la lutte incessante des diverses directions qu'ils représentent. Les idées philosophiques se personnifient dans les grands hommes et dans les grands peuples, auxquels elles confèrent tout ensemble la puissance et le droit. Victor Cousin, s'iuspirant de Hegel, vulgarisa les théories les plus générales du philosophe allemand sur

le rôle des génies et des nations privilégiées; comme lui, il aboutit à une sorte de fatalisme historique, selon lequel le succès, la gloire et la victoire n'ont jamais tort.

A mesure que les disciples et les successeurs de Victor Cousin devinrent plus indépendants, on les vit revenir aux traditions de Maine de Biran et de Descartes ; sans exclure les spéculations rivales de l'école kantienne ou de l'école anglaise, ils s'efforcèrent de maintenir le point de vue propre aux vrais maîtres de la philosophie française : celui de la réflexion intérieure, saisissant en elle-même la pensée active et la volonté libre. C'était le seul point de vue qu'on pouvait opposer, avec quelque chance de succès, au matérialisme de Técole positiviste.

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