‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 318 sur 358 · III. - LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

III. - LE POSITIVISME

Les doctrines sociales de Saint-Simon (1), jointes au naturalisme de Cabanis et de Broussais, donnèrent naissance au c positivisme » d'Auguste Comte. Ce dernier, comme Saint-Simon, voit dans la science sociale ou t sociologie s le terme et le but de toutes les recherches scientifiques. Pour constituer cette science de la société, il ne faut point employer une autre méthode que dans les sciences mathématiques et physiques, qui ont pour objet la nature : une seule et même méthode doit renouveler toutes les sciences.

Cette méthode consisté à ne s'occuper que des faits et de leurs relations. C'est celle qui avait déjà été proposée par Hume.

Les faits, premier objet de la science positive, sont les phénomènes qu'on peut constater par l'expérience, et, à en croire Auguste Comte, la seule expérience possible est celle des sens. L'observation psychologique, c'est-à-dire par la conscience, ne peut fournir aucun fait positif ni donner heu à une science spéciale ; ce qu'on nomme psychologie est donc une chimère. L'étude des idées, des sentiments, des volontés de l'homme, n'est qu'une partie de la physiologie. Par là Auguste Comte, quoiqu'il prétende rejeter tout système métaphysique, pose réellement en principe le sensualisme. Nous verrons l'école anglaise contemporaine adopter, elle aussi, la méthode positive qui s'en tient

l. Voir plus loin l'exposition de ces doctrines.

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aux faits et à leurs lois ; mais elle reprochera justement àyku^usie *^^ ' -s Comte d'avoir nié un fait des plus évidents: la possibilH&'^jitbiur /y nous d'apercevoir immédiatement nos idées, nos sentimentôfsQpsf ^ ' ^ Tolitions, et d'en constater les lois uniformes. D'un autre côté, l'école de Kant reprochera avec raison aux positivistes de ne pas voir que la connaissance a nécessairement deux facteurs, les phé* Bocnènes et l'esprit. Vouloir tout ramener aux objets extérieurs en rejetant le sujet pensant, c'est vouloir supprimer ce dont nous avons l'expérience la plus directe et la plus • positive't.

Les relations, second objet de la science, sont réduites par les positivistes à celles de succession ou de simultanéité dans l'espace et dans le temps, par conséquent à celles qui constituent le mécanisme de la nature. Ici encore, le positivisme se borne à des assertions sans preuve. Il est bien vrai que la science positive de la nature est l'étude des rapports de succession ou de simultanéité ; mais il n'est pas moins vrai que l'esprit conçoit en outre des relations de cause active et de cause finale, bien plus, qu'il conçoit un terme supérieur à toute relation, l'absolu. Selon le positivisme, ce sont là des choses dont on ne peut et dont on ne pourra jamais rien savoir, des choses dont il ne faut pas s'occuper ; le positivisme supprime ainsi d'un seul coup toutes les questions vraiment philosophiques. Mais on peut répondre, avec Kant, qu'il faudra toujours s'occuper de ces questions, ne fut-ce que pour montrer qu'elles sont insolubles et pour quelle raison elles sont insolubles. Âristote avait déjà dit : • S'il faut philosopher, il faut philosopher ; s'il ne faut pas philosopher, il faut encore philosopher (pour donner les preuves de cette assertion) ; il faut donc toujours philosopher. » En outre, de ce qu'un problème n'a pas encore été résolu, on n'a point le droit de le déclarer insoluble, à moins qu'on en ait donné, comme disait Kant, une solution critique parfaitement certaine ; et c'est ce que les positivistes n'ont point fait. Aussi Técole anglaise, qui admet, elle aussi, la <c relativité » essentielle de nos connaissances, reproche cependant aux positivistes de nier la conception de l'absolu, qui, alors même qu'elle ne pourrait devenir un objet de savoir, n'en est pas moins un fait essentiel de la pensée humaine. Pourquoi refuser, demande Stuart Mill, de laisser « des questions ouvertes », comme celles de l'existence de Tâme et de Dieu ? La méthode positive de la science n'est pas nécessairement une négation du supra-sensible; tt sur les questions d'origine, le philosophe est Ubre de se faire

« l'opinion qu'il veut, et ce n'est pas là un de ces points où Tacce cord est nécessaire ; mais c'est une méprise de M. Comte de ne (( jamais laisser de questions ouvertes. » Les partisans de Hamilton, qui appellent eux-mêmes leur doctrine « la philosophie du conditionné ou du relatif», soutiennent à leur tour, contrairer ment aux préventions du positivisme, que les problèmes meta-' physiques sur l'absolu « doivent nécessairement se poser^ qu'ils « ont une place légitime et nécessaire dans toute étude de la « nature humaine et de la pensée humaine, et que, quand même « la philosophie ne pourrait les résoudre, elle serait encore tenue « de montrer pourquoi ils sont insolubles (1). »

La méthode positiviste part donc d'un esprit trop étroit et trop exclusif, qui n'est pas le véritable esprit scientifique.

A cette méthode Auguste Comte ajouta des vues historiques, qu'il croyait originales, sur les trois états par où passe nécessairement selon lui la connaissance humaine : état théologique, état métaphysique et état scientifique Le germe de cette théorie était déjà dans Turgot. c Avant de connaître la liaison des effets « pliysiques entre eux», disait ce dernier dans son Histoire des progrès de V esprit humain, « il n'y eut rien de plus naturel que « de supposer qu'ils étaient produits par des êtres intelligents « invisibles et semblables à nous. Car à quoi auraient-ils res- « semblé ? Tout ce qui arrivait sans que les hommes y eussent « part eut son dieu. » C'est la période théologique. « Qnand les « philosophes eurent reconnu l'absurdité de ces fables, ajoute « Turgot, sans avoir acquis néanmoins de vraies lumières sur « l'histoire naturelle, ils imaginèrent d*expliquer les causes des « phénomènes par des expressions abstraites, comme essences et « facultés, expressions qui cependant n'expliquaient rien, et dont « on raisonnait comme si elles eussent été des êtres, de nou- (( velles divinités substituées aux anciennes. » C'est ce qu'Auguste Comte appelle l'explication métaphysique, oubliant que les métaphysiciens véritables, comme Aristote, Descartes et Leibniz, furent précisément ceux qui bannirent ces entités. Enfin Turgot ajoute: M Ce ne fut que bien tard, en observant Taction mécanique que « les corps ont les uns sur les autres, qu'on tira de cette méca- « nique d'autres hypothèses que les mathématiques purent dé- « velopper et l'expérience vérifier, i» C'est ce qu'Auguste Comte appelle la période scientifique. Il ajoute à la loi des trois états

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