III - HEGEL
L'absolu, chez Schelling, semblait encore un principe supérieur à la nature et à l'humanité ou transcendant. Selon Hegel, l'absolu est immanent à la nature et à l'humanité. Il est la raison ou la pensée se réalisant par un progrès sans fin. — La vraie raison et la vraie réalité sont identiques : a tout ce qui est rationnel est réel, et tout ce qui est réel est rationnel. » — Le progrès par lequel la raison se réalise est le devenir. L'absolu n'est pas, il devient. — I. Logique. — La vraie science
de la pensée, ou logique, ne fait qu'un avec la vraie science de Têtre ou métaphysique. La logique abstraite et relative repose sur le principe de contradiction. La logique réelle et absolue repose sur l'identité des contraires. La raison absolue, étant affranchie de toutes les oppositions, les pose et les détruit tour à tour, manifestant ainsi son indépendance. C'est pourquoi le? moments de l'évolution universelle sont des contradictions réalisées. La lumière enveloppe les ténèbres, la vie enveloppe la mort. — Aussi la dialectique, ou méthode par laquelle la pensée et l'être se développent, procède par thèse, antithèse et synthèse. Les antinomies que Kant voyait seulement dans certaines notions, existent f partout ; partout aussi existe l'harmonie. — Le point de départ de la ogique hégélienne est la notion de l'être pur et indéterminé. L'être pur, qui n'est ni ceci ni cela, n'est rien ; il est donc identique à son contraire, le non-être. L'être pur et le pur non-être sont deux thèses abstraites; la réalité vivante est dans la synthèse où elles sont ramenées à l'unité, et cette synthèse est le devenir ; car l'être qui devient est et n'est pas tout ensemble. •— L'évolution de la pensée et de l'être se manifeste dans la réalité sous deux formes principales, la nature et l'esprit.
— Il, Philosophie de la nature. — Progrès de la nature vers l'individualité : l'égoïsme, loi de la vie organique, se détruit lui-même par la mort. — III. La philosophie de l'esprit — L'individu, selon Hegel, ne peut être libre que dans la société. — L'Etat est la substance de. l'individu. — Pouvoir despotique que Hegel attribue à l'Etat sur l'individu et sur la famille. — Personnification de l'Etat dans le souverain. Politique autoritaire de Hegel. — La philosophie de l'histoire. Apothéose du succès. — Degrés successifs du développement dé l'esprit. L'art, la religion et la science. 1° Théorie de l'art, - L'art est l'esprit pénétrant la matière et la transformant à son image. Différentes formes de l'art. Architecture, sculpture et peinture, constituent l'art objectif. Musique, art subjectif. Poésie, synthèse de tous les arts. — Développement de la poésie ; épopée, genre lyrique et drame. — Les périodes de l'art : art oriental, art grec, art chrétien et romantique . — 2o Théorie de la religion. — Religion orientale, religion grecque, religion chrétienne. — > Théorie de la science et de la philosophie. — La philosophie, degré suprême du développement intellectuel. « L'esprit ne peut se soumettre qu'à ce qui est esprit, b — Adversaires de Hegel, — Hegel absorbe Tordre physique et l'ordre moral dans l'ordre purement logique et identifie le réel avec le rationnel. Supériorité de la doctrine de Kant et
de Fichte, pour qui l'absolu n'est point ce qui est, mais ce qui doit être.
— rv. L'école hégélienne, — Strauss, Feuerbach, Max Stirner. — Matérialisme de Maleschott et de Bûchner.
lY. -. SGHOPENHAUER.
MÉTAPHYSIQUE. Schopenhauer s'annonce comme disciple de Kant, dont il reproche à Hegel de s'être écarté. Il admet avec Kant l'impossibilité de dépasser l'expérience, mais il croit que, dans les limites mêmes de l'expérience, une métaphysique ou théorie de l'univers est possible. Il supprime toute théodicée au profit de la cosmologie. — Pourtant sa théorie de l'univers n'est pas une physique se bornant aux phénomènes, mais une métaphysique cherchant sous les phénomènes la réalité. Confondre la métaphysique et la physique, selon Schopenhauer, c'est détruire la morale. — Après avoir soutenu que la métaphysique est possible, Schopenhauer développe son propre système. — Il y a un monde apparent et un monde réel. Le monde apparent n'est que la manière dont notre intellif^ence se représente les choses; il est notre «représentation». Pour trouver le monde réel, il faut chercher en soi ce qui est au delà de
l'intelligence, au delà des représentations. Avant de penser et de raisonner^ nous tendons à vivre et à agir, nous désirons, et le désir en son essence est volonté. La volonté est ce que nous avons de plus intime; nous sommes volonté. — Que sont les autres choses? Noos devons chercher à comprendre la nature par nous-mêmes, et non pas nous-mêmes par la nature. Le fond de toute action» hors de nous comme en nous, doit être la volonté. La volonté ne se ramène pas au concept de force ; ce serait ramener, dit Schopenhauer, le connu à l'inconnu. — Caractères de la volonté. Universalité : tout veut dans la nature. Indestructibilité : les formes disparaissent, la Tolonté reste. Liberté absolue; la volonté, en elle-même, est indépendante de toute connaissance, et par conséquent du déterminisme ou de la nécessité qui est la loi de la connaissance. — MORALE. Développement de la volonté, ou théorie des mœurs. Au plus bas degré du développement moral est l'égoïsme, qui est l'affirmation ardente de la volonté de vivre. — Le sentiment moral a pour essence la pitié, qui provient de ce qu'on reconnaît tous les êtres comme identiques dans la réalité absolue. — Le plus haut degré de moralité consiste dans l'anéantissement de la volonté de vivre, et, avec la volonté de vivre, de tout égoïsme, de toute individualité. Reproduction par Schopenhauer de la morale boudhiste. On parvient à la volonté de s'anéantir par l'ascétime et par la science. La science aboutit à cette conclusion que le monde, loin d'être le meilleur possible, est le plus mauvais possible, et que le mal tient à la vie même. Pessimisme de Schopenhauer. — La pleine conscience que le monde est un mal aboutit à la volonté de ne plus vivre et de ne plus revivre. Le détachement absolu de toute existence est le Nirvana. — Eu se détachant ainsi de l'existence phénoménale, n'entre -t-on pas dans l'existence réelle, et en quoi consiste cette existence ? Selon Schopenhauer, ce sont là des questions transcendantes dont nous ne pouvons rien savoir. Sa philosophie tout immanente se tient dans les limites du monde et ne* prétend pas les franchir. Voilà pourquoi elle se termine par une négation. — Conclusion. Tout en reconnaissant que la volonté est l'essence des choses, Schopenhauer n'a point eu une notion exacte de la volonté, de la liberté et de l'individualité. Il donne à la volonté un caractère impersonnel au lieu d'y reconnaître le fondement même de la personnalité.
Un nouveau panthéisme, très-sHpérieur aux précédents, devait sortir du système de Kant. Ce dernier n'avait admis qu'une conscience indéterminée et impersonnelle de la liberté, une conscience qui, à vrai dire, est inconsciente. Il était naturel d'en conclure que notre liberté inconnue se confond avec toutes les autres libertés inconnues, et conséquemment que toutes les personnalités qui paraissent diverses dans le monde sensible se réduisent à l'unité dans le monde intelligible ; car, dans cette région supérieure à l'espace, au temps et à la quantité, le nombre plusieurs n'aurait aucun sens.
Si Kant eût admis une conscience individuelle de la liberté, propre à chacun et irréductible aux autres libertés, s'il eût fait du moi une réalité immédiatement présente à la conscience, inxmé-