‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 323 sur 358 · FICHTE · texte numérisé non relu

FICHTE

diatement présente à elle-même, la confusion des personnalités eût été impossible; mais, ayant placé notre moi et notre liberté dans le domaine de rinconscient,£ant préparait les systèmes qui identifient tout dans l'obscurité de cet abîme où aucun individu ne peut plus se discerner des autres : Dieu et l'humanité n*y font plus qu'un seul être, qu'on peut appeler d*un seul nom, l'Esprit.

Ce n*est pas tout. Au-dessous de notre pensée, qui donne aux phénomènes leurs formes et leurs lois, Eant admettait une matière inconnue d'où procèdent ces phénomènes, un je ne sais quoi qui nous fournit des sensations. Voilà encore un principe mystérieux qui échappe à notre pensée. Pourquoi cet inconnu ne se confondrait-il pas avec les autres inconnus^ à savoir notre moi, le moi de nos semblables et le moi de Dieu^ qui ont déjà été réduits à une seule existence : Tesprit ? La matière inconnue et Tesprit inconnu sont sans doute un seul et même être : la volonté absolue qui produit tout.

C'est pourquoi les successeurs de Eant aboutissent, par des voies diverses, à cette conclusion identique : les phénomènes, qui se distinguent l'un de l'autre pour l'expérience sont pour la raison les manifestations d'un principe unique : l'Esprit absolu.

Cet Esprit absolu, c'est encore nous-mêmes, non plus dans notre vie humaine et passagère, mais dans notre existence divine et éternelle. Rentrer en soi, c'est prendre conscience de cette existence supérieure, c'est rentrer en Dieu et avoir conscience de Dieu, c'est s'arracher aux nécessités sensibles pour jouir de la liberté intelligible. La vie physique, qui a pour théâtre le monde, la vie morale, qui a pour théâtre l'histoire, ne sont que les degrés du développement par lequel l'Esprit absolu acquiert peu à peu la conscience de soi.

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