‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 325 sur 358 · FICHTE · texte numérisé non relu

FICHTE

libre, qui tend sans cesse à être par cela m6me qu'il dls^^re*. :. - /

Kant avait déjà compris que c'est le moi absolu, c*est-à-aià^^ O \ \ ' raison et la liberté, qui impose une forme et une loi aux objets de la connaissance : il avait fait du moi le législateur du monde ; . mais il n'avait pas osé en faire le créateur du monde. C'est qu'il avait laissé subsister, en face du moi, une matière indépendante capable de lui imposer une limite. Selon Fichte, cette matière inconnue, cet Xj est simplement la partie inconsciente du moi, que le moi amène peu à peu, par son progrès, à la himière de la conscience. Impossible d'imaginer en face de la liberté absolue, du moi absolu^ une matière qui lui serait imposée et qu'il n'aurait pas créée. La borne du moi existe sans doute, mais le mol ne la rencontre pas, il la fait. Son activité illimitée se pose volontairement à elle-même une limite, afin de la supprimer ensuite, et de révéler ainsi à elle-même sa propre essence, qui est la liberté. C'est que la moralité et la vertu supposent TefTort et la lutte ; il faut donc se dresser à soi-même un obstacle pour le franchir : voilà pourquoi, au premier moment de son évolution, « le moi se pose », au second moment, n il s'oppose le non- moi » , au troisième moment, il reconnaît le moi et le non-moi comme identiques.

La manière dont le moi se pose primitivement est un acte absolument libre, par conséquent un acte créateur. La liberté n'est donc pas un faitj mais un acte ; elle n'est pas une donnée nécessaire, mais une production spontanée. Nous-mêmes, nous n'apercevons pas en nous la liberté comme un fait empirique, comme une donnée d'expérience ; prendre conscience de notre liberté, ce n'est autre chose que réaliser cette liberté même. La conscience n'a pas pour objet des choses produites ; c'est elle qui produit. Aussi la philosophie ne consiste-t-elle pas à trouver des vérités toutes faites, mais à les faire. Savoir, en général, c'est produire ; et philosopher, c'est acquérir la conscience que Ton porte en soi la liberté qui crée le monde.

L'idéal moral que cette liberté se propose, et qui est encore ellemême en sa plénitude, on l'appelle Dieu. Mais Dieu est-il une individualité, une personnalité particulière? —Non, selon Fichte ; car alors il serait l'existence finie, au lieu d'être le devoir infini qui dépasse toute limite ; il serait un être tout fait, une liberté sans eSort et sans mérite. « Toute conception religieuse qui perce sonnifie Dieu », dit Fichte, « je l'ai en horreur et je la considère « comme indigne d'un être raisonnable. » Mais, de ce que Dieu est l'idéal, il n'en faut pas conclure, selon Fichte, qu'il ne soit

qu'une idée abstraite inférieure à la réalité : loin de là, il n*y a rien de plus réel que l'idéal ; le devoir produit le pouvoir, ce qui doit étra est plus que ce qui est. En ce sens, Dieu est la réalité suprême : car il est la liberté se réalisant progressivement dans le monde ; il est le vrai moi de chaque homme, de l'humanité entière, du monde entier (1).

Page 1