Dissertations, tome III
moi : c'est celle de l'absolu. L'école anglaise s'est d'abord efforcée de rejeter cette notion, et elle a reproduit les thèses de HamiltoQ tendant à prouver que nous n'avons pas même la conception de l'absolu ou del' « inconditionnel » (1). Pourtant, Stuart Mill est obligé à la fin, dans sa théorie de l'induction, de reconnaître qu'une succession uniforme ne suffit pas à fonder le rapport de causalité, qu'il faut encore y introduire l'idée d'un « antécédent inconditionnel », c'est-à-dire d'un antécédent de telle nature que, sans autre condition, il produit immédiatement et certainement son résultat. Tel le soleil produit toujours la lumière, sans autre condition que sa présence.
En outre, Stuart Mill, dans son Examen de la philosophie de Hamiltonj fait voir combien ce dernier a exagéré notre impuissance à concevoir l'absolu. Que nous ne puissions connaiire l'absolu et le parfait, soit; mais que nous ne puissions même pas nous en faire une conception sans nous contredire, c'^st ce qui, selon Stuart Mill, est insoutenable. Hamilton, dit-il, se forge un fantôme d'absolu qui ne serait l'absolu de rien, et serait conséquemment impossible à penser ; mais quand nous parlons, par exemple, de la science absolue, nous savons fort bien ce que nous voulons désigner par là ; de môme quand nous parlons de la puissance absolue, de la bonté absolue. L'idée de Dieu, dit Stuart Mill, n'est donc pas vide et sans aucune signification pour l'intelligence, comme Hamilton l'avait prétendu.
M. Spencer, à son tour, rétablit l'idée de l'absolu comme un élément positif et essentiel de la pensée. Il est très-vrai, dit-il, que toute connaissance, toute science proprement dite est relative; mais jo pour affirmier avec Hamilton que toute connaissance est relative, il faut déjà se référer à l'absolu ; 2** le relatif luimême est inconcevable sans sa relation avec l'absolu, qui est son contraire, comme les ténèbres soût inconcevables sans la lumière ; 3° si on n'admet pas l'absolu comme une idée positive, le relatif même devient absolu, et l'argument se contredit ; 4* il est impossible en fait de supprimer, dans la conscience, l'idée d'une réalité sans limites et inconditionnelle ; car cette idée de l'absolu est le fond même de notre conscience et de notre pensée, qui dépasse toujours de l'infini les relations particulières que nous pensons actuellement. « Bien qu'on ne puisse connaître l'absolu (( en aucune façon et à aucun degré, si l'on prend le mot connaître
1, Voir plus haut, p. 349 et 350, les thèses de Hamilton.