Economie politique, I
2. Ibid. — Programme of the land-tenure reform association, ibid.
484 ÉCOLE ANOLAISK CONTEMPORAINE.
monopole naturel, ou la renie du sol proprement dite, par rétablissement d'une taxe spéciale sur la propriété foncière, taxe qui restituerait à la société la part de la société même dans la propriété individuelle. Par là, Stuart MUl prend la position intermédiaire qui lui est habituelle entre les socialistes, qui nient toute propriété individuelle» et les économistes qui, ainsi que Bastiat et Garey, considèrent comme absolue la propriété individuelle da sol. Il en résulte une double tendance de Stuart Mill, qu'on a pu remarquer dans les passages qui précèdent : tantôt il semble qu'au nom de l'utilité publique il va détruire la propriété ou la rendre, en quelque sorte, taillable et corvéable à merci ; tantôt il tend à maintenir les droits de chaque individu et les droits de tous les individus associés, comme un légitime résultat de la liberté du travail. Si la tendance utilitaire était seule, elle aboutirait au socialisme pur ; mais Stuart Mill ne veut pas accepter le point de vue exclusivement socialiste, qui semble cependant dériver du critérium de Bentham : il croit que « Futilité générale » ellemême rend nécessaire la reconnaissance de certains droits comme « inaliénables et sacrés », par exemple, le droit de propriété. Parfois même, il semble dire que ces droits appartiennent à l'homme « en tant que créature humaine^ » et il les appelle des « droits moraux. » On retrouve ici le caractère mixte et trop ambigu de toutes ses doctrines : comme il admet dans l'homme une demi-liberté, ou pouvoir de modifier son propre caractère si on le désire (1), il admet de même un demi-droit de propriété, qu'il subordonne immédiatement à Tutilité générale.
Même opinion mixte dans le problème du droit à l'assistance, qui suit naturellement la question philosophique du droit de propriété. Stuart Mill admet ce droit reconnu par l'acte d'Elisabeth, qui établit la taxe des pauvres. « La société, dit-il, est composée « principalement de ceux qui vivent du travail des mains ; et si « la société, c'est-à-dire les travailleurs, prêtent leur force phy- (( sique pour protéger les gens qui jouissent du superflu, ils ont le « droit de ne les protéger, et en fait ils ne les ont jamais protégés « qu'à la condition que les taxes pourvoiraient aux dépenses de ce ft superflu, aux dépenses d'utilité publique ; or, parmi les choses (c d'utilité, la subsistance du peuple est assurément la première. » Ici, comme on le voit, c'est la méthode utilitaire qui fournit les principes de la question ; mais Stuart Mill semble revenir à la
1. Voir la Logique, tome IL Le la liberté et de la nécessité.
considération de droit quand il ajoute : — « Comme personne « n'est responsable de sa -naissance, il n'est point de sacrifice « pécuniaire trop grand pour ceux qui possèdent plus que le « nécessaire, lorsqu'il s'agit d'assurer à tous ceux qui existent « les moyens de vivre (1). » Toutefois, ce droit à l'assistance ne saurait être absolu et inconditionnel ; Stuart Mill le limite et le subordonne à un devoir corrélatif des individus; il faut tenir compte, dit-il, des lois de la population établies par Malthus. « Si tout membre de la grande famille humaine a droit à « une place au banquet que les efforts collectifs de son espèce « ont préparé, il n'en résulte pas, pour chacun, le droit d'inviter « à ce banquet, sans le consentement de ses frères, des convives « surnuméraires ; et s'il en est qui agissent de la sorte, c'est sur « la part qui leur revient que doit être prise celle des nouveaux « venus. Il y a certainement assez et plus qu'il ne faut pour tous « ceux qui sont nés ; mais il n'y a pas et il ne saurait y avoir « assez pour ceux qui peuvent naître ; et si à chaque individu « qui vient au monde on reconnaissait un droit absolu à porter la « main sur le fonds commun, chacun bientôt en serait réduit à « n'avoir tout au plus que de quoi vivre ; et, même dans ces « étroites limites, les ressources ne tarderaient pas à manquer. » Stuart Mill en conclut qu'il y a là deux droits relatifs l'un à l'autre et deux devoirs également relatifs de l'individu et de la société. « Il y a une moitié de la vérité d'un côté, et une moitié a du côté opposé. Ces deux moitiés se rejoindront un jour. » En attendant, Stuart Mill ne fournit point de réelle solution.
Tels sont les efforts du principal représentant de l'école anglaise utilitaire pour compléter les théories de Locke, de Rousseau et de Kant. On le voit, ce qui, manque toujours à cette morale sociale, c'est un principe sûr et vraiment moral : les doctrines de l'école utilitaire demeurent flottantes comme l'idée même d'utilité.
Avec M. Herbert Spencer, la sociologie se présente comme la partie la plus haute de la cosmologie. La même loi d'évolution mécanique régit le monde humain et le monde matériel. La société est un organisme au même titre que le corps d'un animal, et son progrès consiste dans une complexité croissante et une harmonie croissante des fonctions, ql La loi ' n'est pas une créa-