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PHILOSOPHIE DE LA CHINE. CONFOCÏUS ET MENCIUS

« instant. Si Ton pouvait s'en écarter, ce ne serait plus une règle « de conduite immuable (i, 2). » Elle est absolue et sacrée, par elle-même, car : « La loi du devoir est par elle-même la loi du « devoir (xii, 2). »

Le but de la règle morale est le perfectionnement de soi-même : telle est la loi de l'homme. Mais au-dessus du perfectionnement nous concevons la perfection. Celle-ci est la loi du ciel, et le vrai principe de toutes les autres lois. . ^

Par là Confucius est amené à (;ette idée sublime qae la moralité \- Sù^' est en elle-même supérieure à la nature, et qu'elle est le premier principe de Tunivers. « Le ciel et la terre sont grands sans doute ; « cependant l'homme trouve aussi en eux des imperfections. C'est « pourquoi ie sage, en considérant ce que la règle de conduite « morale a de plus grand, a dit que le monde ne 'peut la contenir \ cr (xxv, 1). » Quelle est donc la cause de l'univers? — «La puissance « productive du ciel et de la terre », répond Confucius, « peut < s'exprimer par un seul mot : c'est la perfection. Mais la produc- « tion des êtres est incompréhensible (xir, 2). » « Le parfait est le - 9 commencement et la fin de tous les êtres ; sans le parfait, les « êtres ne seraient pas (xiii, 1). »

Tels sont les principes généraux de la morale .dans Con* fucius.

Les principales vertus particulières qu'il recommande sont la force d'âme, la modération, que constitue Vinvariabllité dans \ le juste milieUy la justice, et surtout l'humanité.

« La doctrine de notre maître, dit Mencius, consiste unique- « ment à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain

• comme soi-même. Agir envers les autres comme nous voudrions a qu'ils agissent envers nous-mêmes, voilà la doctrine del'huma- « nité. » c La règle de la vie est la péciprocité (Ta-hio, ix, 3»

• Mengtseu, ii, vu, 4). » « Fantchi denjanda itn jour à Confucius » ce que c'était que la vertu de Thumanité. » Le Philosophe lui « répondit : « Aimer les hommes. » « On doit aimer les hommes » de toute la force et l'étendue de son affection. » « L*homme

• supérieur est celui qui a une bienveillance égale pour tous. » t Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos, aux amis conserver une fidélité constante, aux femmes et aux enfants donner des soins tout maternels! » Un disciple de Confucius lui disait avec tristesse : a Tous les hommes ont des frères, moi seul n'en « ai point. » « Que l'homme supérieur, répondit le philosophe, « regarde toiis les hommes qui habitent dans l'intérieur des

€ quatre mers comme ses frères I n (Lun-yu, I, xn, 22, i, 6, 1, i, 14, V, 25, xn, 6.)

II. Deux cents ans après Confucius, Mencius renouvela et p6> fectionna encore cette haute doctrine. L'originalité de Mencius est surtout dans sa philosophie politique, qui est déjà libérale et | hardie. Il appelle les tyrans « des voleurs de grand chemin f, ' et les croit dignes de la môme justice que les voleurs. (Chou* King Taï-Schi, II, iv, 4.) « Celui qui a fait un vol à l'humanité « est appelé voleur ; celui qui a fait un vol à la justice est appelé (( tyran. » « Le peuple est ce qu'il y a de plus noble dansée « monde ; les esprits de la terre ne viennent qu'après : le prince | « est delà moindre importance. » (II, vni, 14.)

Aucune trace de castes ni d'esclavage. Mencius ne reconnaft que deux classes d'hommes, aussi nécessaire et aussi respectable Tune que l'autre. « Les uns, dit-il avec profondeur, travaillent i « de leur intelligence, les autres travaillent de leurs bras. Ceux ' « qui travaillent de leur intelligence gouvernent les hommes ; <( ceux qui travaillent de leurs bras sont gourvemés par les « hommes. Ceux qui sont gouvernés par les hommes nourrissent « les hommes ; ceux qui gouvernent les hommes sont nourris par « les hommes. C'est la loi universelle du monde. » (I, v, 4.) Men< cius accuse les princes « de prendre le peuple dans des filets », 1 en exposant les hommes au crime par la détresse, et en les punissant ensuite de mort pour des crimes auxquels ils les ont encouragés (I, i, 7). Le remède de ces maux serait une plus juste constitution de la propriété et l'abolition des impôts qui pèsent sur le peuple. (Ibid. I, m, 5.)

Ainsi la Chine, inférieure par l'absence de génie spéculatif et

métaphysique, se montre supérieure à la plupart des peuples

I anciens par son sentiment de la moralité pratique et sociale. Si

elle ne s'absorbe pas dans le grand Tout par la contemplation, elle

a une notion déjà élevée de la personne humaine.

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