Arist., Métaphysique j I
ANAXAOORB. 41
ment de rotation qu'elle partageait dans le principe avec le reste de Vunivers, et devenues incandescentes au contact de l'éther céleste, \ qui est embrasé. Le soleil est une masse de feu ; la lune,qui a des montagnes et des vallées, emprunte sa lumière au soleil (1).
Tel est l'efTet produit' par l'action de l'esprit ou de l'intelligence. Mais quels sont les attributs de l'esprit considéré en lui-même ? « L* Intelligence est infinie («Trstpov) », c'est-à-dire présente à l'immensité tout entière. « Elle est indépendante (avTox/)aTe;) », comme il convient à ce qui n'est plus un attribut, mais un principe. « Ne se mêlant à quoi que cesoit^ elle existe seule et pa/r « elle-même, vi « Si elle souffrait quelque mélange, elle partiel- « perait nécessairement de toutes choses, car il y a de tout en « tout ; et dans cette confusion avec les éléments, elle perdrait le « pouvoir qu'elle a sur eux et qu'elle doit à la simplicité de son « essence (2).» « L'Intelligence est ce qu'il y a de plus subtil « et de plus pur; et elle a la connaissance entière du monde entier. « Rien ne lui échappe. Elle connaît ce qui est mélangé, ce qui « est distingué, ce qui est séparé. De même elle meut et ordonne « tout : ce qui devait être, ce qui a été, ce qui est, ce qui sera (3) . »
En résumé, les idées qu'Anaxagore semble avoir introduites dans la philosophie sont :
/ 1° L'idée de Tinfinité qui existe en toutes choses, et qui fait que chaque chose, comme le diront plus tard Pascal et Leibnitz, est |un univers ;
2* La nécessité de l'Intelligence pour introduire l'ordre dans lïndéfini, au moyen du mouvement ;
3* Le caractère absolu et simple de l'Intelligence universelle et I impersonnelle, à laquelle tous les esprits participent.
Mais le dieu d'Anaxagore n'est encore qu'une àme motrice du
monde qui agit par un enchaînement d'effets mécaniques, sans
agir en même temps par un enchaînement de moyens en vue
/ d'une fin suprême, le Bien. C'est une pensée motrice et non une
libre volonté. En outre, Anaxagore n'a pas vu que la matière
/primitive du monde est produite, elle aussi, par la Pensée, et que la
prétendue confusion primitive était déjà une organisation latente
révélant un créateur.
1. On reconnaît le pressentiment des théories cosmogoniques de Buffon ^f et de Laplace.