I. ÉCOLE IDÉALISTE DE PYTHA60RE
I. D'après Pythagore (1). les nombres sont antérieurs et supérieurs aux choses. Antérieurs, caries lois mathématiques sont vraies avant que les êtres viennent s'y soumettre, et elles subsistent encore après eux ; supérieurs, puisqu'ils gouvernent les choses et les expliquent. Tout ce qui est, est fait avec poids et mesure peut se calculer et se compter : « Le ciel tout entier est une harmonie et a un nombre (2). »
Les nombres, essence de la pensée, sont-ils simplement les règles et les modèles extérieurs des choses, ou sont-ils les éléments constitutifs et l'essence intime des choses mêmes ? — La
1. Pythagore, Grec d'Ionie, né à Samos en 581, fonda à Crotone une association philosophique, mystique et politique. Les pythagoriciens acauirent une grande influence à Crotone et dans d'autres colonies grecques ultalie. Leur association fut persécutée et dispersée, et Pythagore fut tué à Métapont en 504. Les principaux disciples de Pythagore furent Philolaûs et Archytas de Tarante.
2. T&v oXov ov^ovov àjDfAovîav tlvac xai à/scQfiov^ Aristote, MétaphysiqtAe, i, ib.
ÉCOLES IDÉALISTES. — PYTHÂGORB. 45
seconde doctrine paraît avoir été la plus orthodoxe parmi les vrais pythagoriciens. « Admirons », dit Hegel, « cette hardiesse à détruire d'un coup tout le môude sensible et à considérer la pensée comme l'essence de l'univers. »
Pour expliquer les choses, il faut les ramener toutes au nombre, qui rend tout intelligible. C'est le parfait qui explique l'imparfait; le plus bel arrangement des choses sera donc aussi le plus vrai. De là une sorte de physique par les causes finales.
Mais la cause finale des Pythagoriciens n'est pas un but que Dieu se propose avec conscience ; c'est une sorte d'expansion fatale et mathématique du bien dans toutes choses. La nature s'expUque par la symétrie mathématique.
La terre ne doit pas être le centre du monde, car elle est le séjour de nombreuses imperfections, et elle est par elle-même ténébreuse. Le centre du monde doit être lumineux, parce que la lumière fait partie de la série des biens ; il doit être immobile, parce que le repos est supérieur au mouvement et fait aussi partie de la série des biens. Les astres doivent décrire autour du feu central des lignes circulaires, parce que le mouvement circulaire, revenant sur lui-même, est le plus parfait. Les intervalles des planètes doivent être soumis à la loi musicale^ et leurs mouvements doivent produire la plus belle des harmonies : si nous ne l'entendons pas, c'est qu'elle est continue ou que les sons ont trop de gravité (1) . Le nombre dix étant le plus parfait, il doit y avoir dix planètes, et si on n'en connaît que neuf, il faut en supposer une dixième, que les Pythagoriciens appelaient Tantichtone, ou astre opposé à la terre. La « décade doit se retrouver partout. »
Toutes ces hypothèses furent fécondes pour la science ; car, à vrai dire, la science n'avance que par hypothèses et observations successives. Il est nécessaire que l'esprit prenne de l'avance sur les choses, et que la spéculation contruise le monde à priori en même temps que l'expérience observe les faits. Nous sourions aujourd'hui de ïantichtone et du feu central céleste imaginés par les Pythagoriciens pour le besoin de leur système ; mais la même construction audacieuse qui leur faisait supposer des astres que personne n'a vus leur faisait rejeter le repos visible de la terre et admettre son mouvement invisible ; or, sur ce dernier point, ils avaient raison. Le dédain des apparences vulgaires et la re-