‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 7 sur 358 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

ITI. Les systèmes, si nombreux au premier abord dans l'histoire de la philosophie, ont été nécessaires pour compléter un point de vue par un autre et en quelque sorte une perspective par une autre. Leur opposition même a été utile pour rappeler aux philosophes qulls n'étaient pas encore en pleine possession de la vérité absolue, puisqu'aucun système particulier ne suflQ.t à satisfaire pleinement les esprits. Mais la conciliation des systèmes est plus nécessaire encore que leur opposition, et c'est dans cette conciliation graduelle des doctrines par une doctrine supérieure que consiste le progrès de la philosophie, surtout dans sa partie métaphysique. La vraie méthode de l'histoire est celle qui reproduit et rend sensible ce progrès même.

La méthode historique est double : comprendre et apprécier.

Pour comprendre les philosophes, nous devons nous placer à leur point de vue et non au nôtre : sans cela, nous ressemblerions à un astronome qui, tout en restant à l'observatoire de Paris et en regardant à travers son télescope, voudrait juger immédiate- ! ment l'apparence qu'offre le ciel vu de l'observatoire de Newi iliW?^ } York. Beaucoup d'historiens tombent dans cette erreur : ils , I; / . commencent par admettre que leur point de vue est le seul bon

], , h* et que leur observatoire est le centre vrai du monde ; puis ils traitent d'aveugles ou d'insensés ceux qui ne voient pas exactement ce qu'ils voient eux-mêmes et qui osent mettre en doute la vérité absolue de leur perspective. Ce dogmatisme intolérant n'est-il pas la meilleure situation qu'un historien de la philosophie puisse adopter pour ne rien comprendre aux idées d'autrui ?

Il faut, au contraire, par un acte de désintéressement intellectuel qui est la condition de l'impartialité, s'oublier soi-même, s'abstraire de soi pour ainsi dire et se confondre quelque temps avec ces grandes intelligences dont on veut repenser la pensée. Il faut recommeûcer leur travail en y mettant le même intérêt qu'à un travail personnel, et entrer, s'il est possible, plus avant qu'eux-mêmes* dans leur pensée.

Pour cela, on doit s'attacher à l'esprit du système et non pas seulement à la lettre, aux parties supérieures et non pas seulement aux parties inférieures. Les parties supérieures, en effet, indiquent mieux la vraie direction de l'ensemble, la fin à laquelle le système entier aspire et vers laquelle il se soulève avec un effort plus ou moins heureux. Aristote disait que, pour comprendre Ja vraie nature d'un être, il faut le regarder, non pas dans son ébauche ni dans ses imperfections, mais dans son dé-

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