I. - PREMIÈRES ÉTUDES DE SOCRATE
« Pendant ma jeunesse, dit Socrate dans le Phédon, ilestin- « croyable quel désir j'avais de connaître cette science qu'on « appelle la physique. Je voyais quelque chose de sublime à « savoir les causes de chaque chose, ce qui la fait naître^ ce qui « la fait mourir, ce qui la fait être... mais je me trouvai plus « malhabile qu*auparavant, après toutes ces recherches (1). »
1. Socrate, fils de Sophronisque et de Phénarôte, naquit à Athènes en i70. D'abord sculpteur comme son père, il put, grâce aux conseils et aux
La connaissance des livres d'Anaxagore provoqua dans l'esprit de Socrate une nouv«^lIe direction d'idées : « Enfin, ayant « entendu quelqu'un lire dans un livre qu'il disait être d'A- « naxagore, que l'intelligence est « la règle et le principe de « toutes choses », j'en fus ravi ; il me parut assez beau que «c l'intelligence fût le principe de tout. S'il en est ainsi, di- « sais-je en moi-même, l'intelligence ordonnatrice a tout disposé « pour le plus grand bien (1). » Socrate admet donc avec Anaxagore que la vraie cause n'est pas physique, mais intellectuelle; et il va ensuite plus loin qu'Anaxagore : l'intelligence même ne peut choisir une chose de préférence à une autre que pour une raison, et cette raison ne peut être qu'un bien. Socrate subordonne ainsi immédiatement rintelligence au bien, en vue duquel elle ; doit disposer toutes choses. Anaxagore s'était arrêté à la notion d'une intelligence qui est surtout motrice ; Socrate s'élève à j celle d'une intelligence vraiment ordonnatrice, et de là à une idée supérieure encore, celle du bien. La vraie et dernière cause, c'est le'^bien même. « Si donc quelqu'un veut trouver la cause de « chaque chose, comment elle naît, périt ou existe, il n'a qu'à « chercher la meilleure manière dont elle peut être. » Le pourquoi des choses, aux yeux de Socrate, c'est la fin bonne et utile en vue de laquelle elles ont été faites. « En conséquence de ce « principe, je conclus que l'homme ne doit chercher à connaître, « dans ce qui se rapporte à lui comme dans tout le reste, qu^ a ce qui est le meilleur et le plus parfait. » Le vrai nom de I^ science du meilleur, c'est la morale : voilà donc la philosophie ramenée par Socrate de la physique ionienne, des mathématique^ pythagoriciennes et de la logique éléate, à la morale, qui étudia le rapport des choses au bien.
La science du bien, pour Socrate, est la seule digne d^ s'appeler excellemment la science. Socrate lui attribue un^ valeur et une puissance telles que, si les hommes la possé^ daiént, ils ne pourraient plus mal faire. Toutes nos fautes et tous nos malheurs, répétait-il sans cesse, viennent de notre Ignorance du bien. Le salut des Etats comme des individus,
secours de Griton, riche Athénien, se livrer sans réserve à son goût pouf la philosophie. Appelé par les lois à combattre pour le pays, il suivit Alcibi.ide à Potidée et Xénophon à Delium. Membre du sénat élu par 1^ sort, il s'opposa seul k un jugement inique et résista à la colère aveugla de la multitude. Nous verrons comment il fut accusé plus tard et cou -^ damné à boire la ciguë.