MÉTHODE DE SOCRATE
c'est la science : « Instruisez les hommes, et vous les rendrez meilleurs ! » Socraté consacra sa vie entière à faire comprendre cette nécessité de la vraie science pour les particuliers et pour les peuples.
La nouvelle direction que Socrate donnait à ses études, par cela même qu'elle était profondément morale, était aussi plus réellement métaphysique que les spéculations cosmogoniques et mathématiques de ses devanciers. La notion de fin et de bien suprême, en effet, n'est pas propre à la science des mœurs : la métaphysique en fait, sous les noms du parfait et de l'absolu, son objet le plus élevé ; l'idée de la moralité, à vrai dire, c'est Tidée de Dieu même. Si donc Socrate ramenait la philosophie, comme le dit Gicéron, du ciel sur la terre, c'était pour lui ouvrir, au lieu du ciel visible, le ciel invisible de la conscience.
n. - MÉTHODE DE SOCRATE OU DIALECTIQUE DES PENSÉES.
Le sentiment profond de la science, comme ayant pour objet le bien et se confondant avec la pratique du bien même, explique les deux parties principales de la méthode socratique : réfutation de rei:reur, ou ironie ; découverte de la vérité, ou maïeulique,
I. L'Ironie, dirigée contre la présomption et le sophisme, résulte du contraste établi par Socrate entre Tidéal de la science et l'orgueilleuse ignorance de ses adversaires. Dissimulant avec art la supériorité qu'il puise dans sa notion de la vraie sagesse, il engage les sophistes dans des discussions d'où ils doivent sortir compromis, et étale ainsi la vanité de leur sagesse menteuse. « Je ne sais qu'une chose, dit-il, c'est que je ne sais rien ; les sophistes ne savent rien et croient tout savoir. » Cette raillerie dissimulée, qui ne provoque le rire qu'après un triomphe définitif, réduità néant toute science huriiaine devant la science véritable. Son résultat est analogue à cette sorte de ridicule, si bien analysé par un philosophe moderne (l), que produit Tantithèse de l'infiniment petit et de l'infiniment grand.
II. La méthode de Socrate n'était cependant pas purement né- 1. Jean-Paul.
gative ; il avait aussi une méthode de découverte, qu'il appelait raccouchement des esprits ou maïeutique.
Socrate répète sans cesse qu'il n'est point un maître erf possession de la science et capable de la transfuser, pour ainsi dire, dans l'esprit de ses disciples. Chacun, dit-il, est son propre maître et a seulement besoin d'être aidé ou provoqué par -quelque circonstance extérieure, principalement par des interrogations. Apprendre, c'est prendre connaissance de soi ou de ce qui est en soi; connaître, c'est se connaître soi-même ou connaître ce qui est en soi-même : c'est enfanter le vrai. Enseigner aux autres, c'est les accoucher : « Tu éprouves, mon cher Théétète, les douleurs « de l'enfantement. En vérité, ton âme est grosse. Peut-être a ignores-tu encore, pauvre innocent, que je suis fils d'une sage- « femme habile et renommée, de Phénarète ? — Je l'ai ouï dire. — « TVt-on dit aussi que j'exerce la même profession ? »
Cette doctrine n'est qu'une conséquence profonde du précepte familier rvw6i ««wôv, « Connais- toi toi-même », qui ramène la science du dehors au dedans et du monde à l'âme.
La méthode d'accouchement entraînait la nécessité du dialogue et des formes interrogatives. Le maître, par ses questions au disciple, aide à l'enfantement des idées ; la logique devient ainsi une dialectique, « Celui qui sait interroger et répondrç, ne l'appellestu pas dialecticien (1 ) ? » La vérité doit jaillir, « comme l'étincelle, » du frottement des idées (2).
Socrate, sur la place publique, s'adresse au premier venu, à l'humble artisan comme aux plus illustres citoyens, à l'esclave de Ménon comme au jeune Alcibiade. De la place publique, il passera au banquet d'Agathon, ou sur les bords de l'Ilissus en compagnie de Phèdre. Peu importent les temps, les lieux, les personnages. Tout est occasion de discours et de recherches ; tout esprit est capable d'enfanter au moins quelques idées ou de provoquer chez les autres un enfantement analogue. Plus il y aura de variété dans les procédés et les conditions de la dialectique, plus il y aura d'aspects nouveaux sous lesquels se présenteront les choses. De même que nos expérimentateurs modernes s'appliquent à multiplier et à varier leurs observations et leurs essaie», modifiant sans relâche les objets et les circonstances, tâtonnant d'épreuve en épreuve et posant mille questions à la Nature ; ainsi