‹ Histoire, de la philosophie (volume 2)Chapitre 77 sur 358 · Eug. Burnouf, Vlagna, ch. i, p · texte numérisé non relu

Eug. Burnouf, Vlagna, ch. i, p

MÉTHODE DE SOGRATE. 69

Socrate, prenant pour objet d'observation et d'expérimentation,

non pas la Nature, mais l'âme humaine, soumet aux épreuves les

plus variées tous ceux qu'il rencontre, sans dédaigner personne et

sans dédaigner non plus aucun sujet d'entretien : de toute âme et

de toute chose il sait que la vérité peut sortir.

A ce caractère « discursif » du dialogue se rattache la variété du ton et des formes, depuis la familiarité la plus simple jusqu'à l'émotion la plus sublime. Sous la raillerie, Socrate cachait l'enthousiasme : c'est le secret de son prestige. Avec quelle facilité il passe du rire au ton ému ! Quelle élévation de doctrine sous la forme étrange, parfois burlesque, de son langage ! Il ne reculait point devant les sujets familiers et les exemples les plus communs. Sous la trivialité volontaire qu'il affectait, il y avait toujours, outre l'ironie à l'adresse des rhéteurs et de leur emphase, cette pensée profondément philosophique : La science dont est grosse l'âme humaine est une et infinie comme la vérité ; on peut donc la tirer des objets les plus humbles et des plus humbles esprits. « Socrate, dit Alcibiade dans le Banquet de Platon, ressemble « à ces silènes qu'on voit exposés dans les ateliers des sculpteurs, « et dans l'intérieur desquels, quand on les ouvre, on trouve « renfermées des statues de divinités. Quand on se met à « l'écouter, ce qu'il dit paraît d'abord tout à fait burlesque ; sa « pensée ne se présente à vous qu'enveloppée dans des termes et « des expressions grossières, comme dans la peau d'un imperti- « nent satyre. Mais que l'on ouvre ses discours, qu'on pénètre « dans leur intérieur, d'abord on reconnaîtra qu'eux seuls sont « remplis de sens ; ensuite on les trouvera tout divins, renfermant « en eux les plus nobles images de la vertu. »

C'est que Socrate aimait le bien d'un amour passionné, et il voyait dans le bien l'objet de tout amour véritable parmi les hommes : « Je ne sais qu'une petite science, disait-il, la science de l'amour; » mais cette petite science, à ses yeux, était la science tout entière.

Quant aux procédés particuliers de la méthode socratique, ils comprenaient l'induction et la définition : — « Il y a deux" choses, dit Aristote, qu'on peut attribuer à Socrate : les discours inductifs et la définition générale. »

La science, en effet, consistait pour Socrate à définir et à classer toutes choses par genres, {hakèysiv xarà yé>m) de manière à déterminer le rang véritable de chacune. En conséquence, il remontait

toujours par riuduction de Tespèce au genre, de la conclusion particulière au principe universel. Cette classification rationnelle des choses ne constituait pas seulement à ses yeux la science théorique, mais encore la vertu pratique.

Par exemple, « l'homme pieux est celui qui sait quel est le culte légitime. » Socrate croit inutile d'ajouter que celui qui saii le meilleur culte, le jyratique^ parce qull n'admet pas que la volonté puisse s'opposer à Tintelligence. Il trahit ainsi une tendance idéaliste dont les conséquences vont se montrer en morale dans sa théorie originale et hardie de la volonté.

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