THÉORIE DE LA VOLONTÉ
Pour Socrate, la dialectique d'action, c'est-à-dire la morale, ne fait qu'un avec la dialectique de pensée, c'est-à-dire la philosophie. La sagesse, à la fois théorique et pratique, consiste, dit Xénophon, « à examiner ce qu'il y a de meilleur, et à observer la « dialectiquepar genres ddins ses actions comme doins ses discours, a de manière à préférer les biens et à s'abstenir des maux. • — En d'autres termes, Tordre des notions, des genres et des espèces, que la dialectique établit, plaçant le meilleur avant le pire, le bien plus général avant le bien plus particulier et plus restreint, cet ordre logique qui constitue la science passe nécessairement dans les actions et devient la vertu. « On devient à la fois homme <c de bien et fort dans la dialectique ; » car on range les choses dans ses actes comme on Jes range dans sa pensée : ce qui esta la première place logiquement, Wy», est toujom*s à la première^ place dansl'action, ipyta : on ne peut donc pas être vraiment dialecticien en paroles sans l'être en actes, et il suffira d'être philosoplu" pour être vertueux.
S'il en est ainsi, quelle place peut avoir dans la doctrine socratique cette puissance de l'âme que nous appelons libre-arbitre, et grâce à laquelle, tout en connaissant et préférant le meilleur dans la pensée, nous préférerions le pire dans l'action ? — Selon Socrate, cette discordance des pensées et des actes, ce désaccoid de l'homme avec lui-même ne peut exister. « Socrate disait que « la justice et toute autre vertu est science. Car les choses
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c( justes, et tout ce qui se fait par vertu, sont choses^çU^s et , ; « bonnes, et ceux qui les connaissent ne peuvent leur p«^^^^2€i;v. '^.^y^^ « autre chose (1). » Personne n'est méchant volontairemiiïty. xaxo; sxwy ovSsfe, répétait Socrate. Il réfutait même par Tabsurde ceux qui admettent l'injustice volontaire : l'homme volontairement injuste, s'il pouvait en exister de semblables, serait plus parfait que l'homme involontairement injuste, car. il aurait au moins la connaissance du bien et la puissance de le réaliser (2). La doctrine de Socrate est donc déjà un vrai système de déterminisme, lié dans ses principes et dans ses conséquences, et qu'on peut ainsi résumer :
Tout homme veut nécessairement son plus grand bien, ou son vrai bonheur, comme fin générale de ses actes.
Parmi les actes particuliers, il choisit toujours ceux qui lui semblent tendre à son plus grand bien.
Or, son plus grand bien est précisément le bien même, le bien en général.
Donc, si les hommes connaissent le bien en général, et son identité avec leur bonheur, ils choisiront certainement les moyens dy arriver, et seront bons.
Donc encore, la justice et les autres vertus sont simplement des sciences; et quand on fait le mal, c'est qu'on le croit bon pour soi, ce qui est une erreur. Supprimez cette erreur de l'intelligence, et vous supprimerez la faute elle-même.
Il n'y a au fond qu'une vertu, la sagesse, qui, considérée dans 5a relation avec la volonté, devient courage ; dans sa relation avec la sensibilité, tempérance ; dans sa relation avec les autres hommes, justice ; dans sa relation avec' Dieu, piété. Telles sont les cinq vertus socratiques.
La justice est la connaissance, et, par cela même, l'observation des vraies lois qui régissent les rapports des hommes entre eux. Mais en quoi consistent ces lois véritables? Sont-ce les lois écrites par les hommes ? Nullement ; ce sont les lois non écrites, Nôfxoi Sypayoi, qui sont à la fois naturelles et divines. Elles sont naturelles, parce qu'elles sont la raison même, et que la raison est le fond de la nature. Elles sont divines, parce que c'est Dieu même