‹ Histoire de la philosophieChapitre 102 sur 397 · UORALB ET POLITIQUE D*ARISTOT · texte numérisé non relu

UORALB ET POLITIQUE D*ARISTOT

vraies qu'entre des individus déterminés. Les affections se perdent dans la communauté comme la douce saveur de quelques gouttes de miel dans la mer.

De même pour les propriétés communes : on s'en soucie peu; on en prend peu soin. Chacun se repose sur les autres, trouve qu'il travaille trop et les autres pas assez. De là des querelles encore plus nombreuses entre les propriétaires de biens communs qu'entre ceux qui ont des biens personnels. Vouloir faire de l'État, par la communauté^ une unité absolue, c'est vouloir faire un accord avec un seul son, un rhythme avec une seule mesure.

De quel bonheur, demande encore Aristote, jouira-t-on dans la Répu^ique de Platon, ot les individus sont sacrifiés à l'État et certaines classes aux autres. A en croire Platon, il n'est pas nécessaire que toutes les classes de l'État soient heureuses pourvu que l'État le soit. Mais, répond Aristote, qu'est-ce que le bonheur de l'État sans le bonheur de ceux qui le composent? Qu'est-ce que le bonheur d'une abstraction, si les êtres réels sont malheureuxT Une autre erreur de Platon et de beaucoup d'autres philosophes, c'est d'avoir confondu la famille et l'État ; Aristote la réfute. Sans doute, à l'origine, l'État est sorti de la famille ; il n'en est pas moins vrai que ces deux sortes de sociétés sont complètement différentes. La famille est fondée sur l'inégalité et sur Tobéissance : c'est une association entre inégaux, dont les uns sont libres et les autres en tutelle. L'État, au contraire, est une association d'hommes égaux et libres. L'autorité même du magistrat n'est que l'autorité d'un égal sur ses égaux: elle est limitée, elle n'est pas perpétuelle ; chacun obéit et commande alternativement ; chacun est souverain et sujet tout ensemble. Le gouvernement est un mandat, non une tutelle. Confondre l'État avec la famille, c'est entrer dans les théories qui aboutissent au despotisme. Platon a donc lorl d'assimiler le père, le pasteur et le roi, et de conclure de l'un à l'autre : toutes ces comparaisons restent en dehors de la réalité et ne portent que sur des appparences.

Quels sont donc les vrais principes de l'organisation politique ? — Pour les comprendre, il faut définir le citoyen. Le citoyen, selon Aristote, est celui qui participe aux fonctions publiques^ et qui, par conséquent, commandant et obéissant tour à tour, se commande h lui-même et s'obéit à lui-même. Voilà le principe de toute organisation politique.

Il 7 a dans la société des fonctions spéciales, limitées et temporaires, qui n'appartiennent pas naturellement h tous, mais à

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ceux qui ont certaines capacités spéciales; il y a d'autres fonctions générales qui appartiennent naturellement à tout citoyen : elles sont au nombre de deux, la fonction délibérative et la fonction judiciaire. — Distinction profonde, où Aristote cependant n'a pas encore introduit Télécuent essentiel du problème politique : l'idée du droit. Il n'a pas vu que les fonctions spéciales dans l'État sont celles qui ne constituent pas l'exercice d'un droit commun à tous, et que les fonctions générales sont l'exercice d'un droit inhérent à chaque individu. Aristote, ne s'étant point élevé à l'idée du droit naturel, est amené à séparer les hommes en deux classes, les uns chargés des fonctions de l'intelligence, les autres du travail manuel ; aux premiers seuls il laisse la liberté civile et politique, il condamne les seconds à l'esclavage.

Faire la théorie d'une erreur comme l'esclavage, c'est contribuer sans le vouloir à détruire cette erreur même : c'est introduire Tennemi dans la place, en introduisant dans le déraisonnable le raisonnement qui doit tôt ou lard en montrer le vice. Aussi la théorie d'Aristole, malgré son immoralité, constituât-elle un progrès. D'abord, Aristote a vu que l'esclavage, dans la société ancienne, reposait sur des préjugés, et que ni la convention ou accord des volontés, ni la guerre ou violence exercée sur la volonté, ne pouvaient fonder l'esclavage. Il en a conclu que cette nécessité sociale ne pouvait être justifiée que par des raisons tirées de la nature même, et il a cherché ces raisons. Mais en cherchant dans la nature les raisons d'une institution contre nature, il ne devait faire qu'en montrer plus évidemment l'injustice.

Lès hommes, dit-il d'abord, ont des besoins, et pour les satisfaire, il leur faut des instruments. Ces instruments sont de deux sortes : les uns inanimés, les autres vivants. Ces derniers sont les esclaves, a Si chaque instrument pouvait, sur un ordre reçu ou même deviné, travailler de lui-même, comme les statues de Dédale où les trépieds de Vulcain qui se rendaient seuls, dit le poète, aux réunions des dieux, si les navettes tissaient toutes seules, si l'archer jouait tout seul de la cithare, les entrepreneurs se passeraient d^ouvriers, et les maîtres d'esclaves (1). » Par là Aristote nous indique d'avance un des progrès qui devaient amener l'affranchissement des esclaves, et, en général, des classes laborieuses, le perfectionnement de l'industrie. Aujourd'hui « la navette tisse toute seule», et quand notre société sera mieux

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