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Politique^ I

MORALE ET POLITIQUE d'aRISTOTE. 137

organisée, l'ouvrier pourra profiter des loisirs que les machines, en remplaçant ses bras, peuvent laisser à son intelligence. Toutefois, le perfectionnement de Tindustrie, à lui seul, n'eût pas amené la suppression de l'esclavage, si l'idée du droit n'avait été mise en lumière, et si on n'avait pas compris que l'homme ne peut jamais être pour un autre homme un instrument ou un moyen. C'est ce qu'Aristote n'a point vu. Méconnaissant la liberté morale qui rend tous les hommes égaux, il cherche à justifier l'inégalité du maître et de Tesclave par leur inégalité intellectuelle. Les êtres les plus parfaits, dit-il, sont faits pour commander, et les esclaves, n'ayant que juste assez de raison I>our comprendre la raison des autres, sont esclaves par nature (1). Sophisme étrange, où l'on justifie l'esclavage par la dégradation intellectuelle et morale qui est la conséquence de l'esclavage même. Sans doute l'esclave finit par avoir une intelligence et une âme serviles ; mais est-ce la faute de la nature, ou la faute du maître ?

Aristote reconnaît lui-môme qu'il n'y a point de signe certain pour distinguer Tesclave de Thouime libre. « Souvent, dit-il, les maîtres n'ont de l'homme libre que le corps, comme les autres n'en ont que l'âme. » Enfin, il se demande à la fin si l'esclave est capable de vertu, ou, comme nous dirions aujourd'hui, s'il est un être moral. « Si l'on suppose, répond-il, la vertu chez lîs esclaves, oti sera leur difiérence avec les hommes libres ? Si on la leur refuse, la chose n'est pas moins absurde; car ils sont hommes, et ils ont leur part de raison (2). » Dilemme insoluble pour Aristote, et qui restera toujours la condamnation de l'esclavage. Aristote se perd ensuite en subtilités et en sophismes pour distinguer une vertu d'esclave et une vertu de maître, la première dérivant de la seconde, etc. — Avons-nous pourtant le droit de lui faire des reproches, nous, modernes, qui voyons encore autour de nous des esclaves dans les pays chrétiens ?

Une fois la société divisée par Aristote en maîtres et en esclaves, les citoyens doivent être ceux qui possèdent, les esclaves^ ceux qui ne possèdent rien. La propriété fait le citoyen.

Aristote ne démontre pas réellement le droit de propriété parce qu*en général il ignore le fondement du droit véritable, mais il en montre admirablement l'utilité, et on lui doit les prc*

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