Ibid
mières notions précises d'économie politique. Toutefois il condamne à tort le prêt à intérêt, sous prétexte que l'm^^r^^ est de Vargcni issu d'argent par une multiplication contre nature : il ne comprend pas que le prêt des capitaux est un service qui appelle rémunération.
Après avoir vu comment Aristote entend la qualité de citoyen et le droit de citét examinons comment il résout le problème de la souveraineté. Ici encore le principe moral du droit inhérent à la volonté fait défaut. De ce principe Aristote eût conclu que la véritable souveraineté réside d'abord dans lïndividu, puis, quand les individus s'associent, dans l'unanimité des associés, et enfin, là où l'unanimité est impossible, dans la majorité décidant sur les questions de sa compétence. Mais, si Aristote n'a pas bien saisi le vrai principe de la souveraineté de tous, qui est la souveraineté morale de chacun, il n*en a pas moins admis la solution la plus démocratique. La souveraineté, selon lui, réside dans la cité entière assemblée : c La majorité, dit-il, dont chaque membre pris à pai t n*est pas un homme remarquable, est cependant audessus des hommes supérieurs, sinon individuellement, du moins en masse, comme un repas à frais communs est plus splendide que le repas dont un seul fait la dépense. » C*est, objecte-t-on, le savant qui juge, et non la multitude; mais, demande Aristote, qui fait la réputation du savant, sinon la multitude même? L'architecte jugera bien sans doute de la commodité d*une maison; mais encore mieux celui qui lliabite. De môme, ce n'est pas le cuisinier, mais le convive qui juge le festin. Enfin, la multitude est toujours meilleure, en général, que ne le sont les individus : ainsi l'eau est d'autant plus incorruptible qu'elle est en plus grande masse.
Ces raisons, pratiquement excellentes si on considère la généralité des cas, ne sont cependant pas absolues, parce qu'elles sont tirées d'une supériorité intellectuelle attribuée à la majorité; or,, ce n'est pas là la vraie question. Aristote, comme Platon, comme toute l'antiquité, croit que le gouvernement appartient naturellement aux meilleurs ; mais, à vrai dire, le gouvernement appartient à tous les hommes, uniquement parce qu'ils sont des êtres libres et librement associés ; il ne s'agit pas là de supériorité intellectuelle, mais d'égalité de droits. La majorité n'est préférable que parce qu'elle est ce qu'il y a de plus voisin de l'unanimité, par conséquent de la totalité des individus, en qui seuls réside le droit..