MORALE ET POLITIQUE D*AR1ST0TB. J
Aussi Aristotë accepte plusieurs espèces de gouvernement comme pouvant être également justes : il ne voit pas que le gouvernement de la totalité est le seul juste et le seul conforme au droit. La politique d'Aristote demeure toujours trop empirique.
Au reste, Aristotë montre avec une grande force les vices de la royauté absolue et de roligarchie. Lequel vaut le mieux , se demande-t-il, de la souveraineté de la loi ou de la souveraineté d'un seul homme T — Sans doute la loi, répond-il, étant universelle, ne statue gu*en général et laisse échapper une foule de cas particuliers; mais cette généralité même est une garantie pour les individus. Toujours ia même, égale pour tous, la loi est impassible ; Tindividu est plein de passion. Là où la loi ne statue pas, il faut laisser la décision non à l'arbitraire d'un individu, mais au magistrat institué par la loi même, et qui doit être comme la justice vivante: Zbmm fp^^x^*- L'État est une association d'êtres libres et égaux ; or la souveraineté de la loi laisse à tous l'égalité et la liberté ; il n'en est pas ainsi de la souveraineté d'un seul, qui entraîne la servitude de tous. La souveraineté de la loi, au fond, c'est la souveraineté de la raison ; mais la souveraineté d'un roi, c*est celle de l'homme, bien plus, de la bête {Upw*) ( 1). Si encore cette institution était passagère, mais on y joint le plus ordinairement une autre injustice, l'hérédité I Si les enfants des rois, dit Aristotë, sont tels qu'on en a tant vu, combien l'hérédité sera funeste I
Malgré cette vigoureuse critique, Aristotë, song<^ant sans doute à Alexandre et voulant ménager son propre souverain, fait une exception en faveur du génie, soit qu'il se rencontre dans un individu, soit qu'il se rencontre dans une race. Exception inadmissible, qu* Aristotë n'aurait pu faire s'il était remonté jusqu'au dernier principe du droit. — C'est là le premier et funeste exemple d'une théorie qui devait se reproduire de notre temps : le prétendu droit des hommes de génie, des hommes supérieurs, et le prétendu droit des races supérieures (2).
Les vraies préférences d'Aristote sont pour la République tempérée, où se modèrent mutuellement la fortune, le mérite et la liberté. Ce tempérament, selon lui, est incompatible avec l'extrême inégalité des fortunes, et ici, Aristotë a le pressentiment du grand rôle que joueront plus tard les classes moyennes. Une société de riches et de prolétaires est, selon lui, une société de