V. — PHILOSOPHIE LATINE. LUCRÈCE, CICÉRONET SÉNÉQDE
Rome n*a point de philosophie originale. Lucrèce, dans son De naturà rerum, emprunte à Épicure ses doctrines et les expose en vers enthousiastes. Il y ajoute pourtant des vues qui semblent plus personnelles sur le développement et les progrès deThumanité, sur la lutte des êtres pour la vie et sur ce qu'on appellera plus tard la sélection naturelle. Sa poésie est toute pénétrée de l'esprit scientifique des modernes.
Cicéron, dans la métaphysique, incline vers le probabilisme de la nouvelle Académie ; en morale, il adopte un stoïcisme mitigé par les doctrines platoniciennes et péripatéticiennes. Sa morale, fondée tout entière sur l'idée de Vhonorable, honestum, est trop une morale de patricien ; toutefois, elle abonde en vues élevées et en nobles préceptes ; il prononce pour la première fois le beau mot de caritas humani generis. Dans la jurisprudence, Gicéron est un des premiers qui aient appliqué la philosophie au droit : une de ses maximes essentielles est Tidendité du droit et de la justice : ubi non estjustitia» ibi non poiesi esse jus. Enfin, dans la politique, Gicéron emprunte aux Grecs, principalement à Aris* tote et à Polybe, des idées qu'il développe et perfectionne. Son idéal politique est une république tempérée, qui lui semble « un gouvernement mixte, formé du mélange des trois autres v. Dans ce gouvernement, le principe des institutions monarchiques, celui de l'aristocratie et celui de la démocratie lui paraissent réconci* liés de manière à produire une balance ou, comme on dira plus tard, une pondération des pouvoirs. Gette constitution parfaite lui semble réalisée dans la république romaine, avec ses consuls, son sénat et son assemblée populaire. Gicéron se contente ici un peu trop facilement de la réalité et ne place pas assez haut son idéal.
1 . Les médecins empiriqms n'admettaient que les résultats observés dans les expériences particulières, et rejetaient toute méthode générale, d-CTéraot en cela des méthodistes.
Sénèque adopte le stoïcisme et en soutient les principes avec une subtilité souvent éloquente. Il écrit de belles pages sur les esclaves, sur les jeux du cirque, sur Tamitié, sur les vertus stoîques. Dans ses Lettres à Luciliui, il se montre un directeur de conscience souvent profond, un moraliste toujours austère et cependant capable de rendre justice aux sectes opposées, môme à Épicure, qu*il cite souvent. Mais l'originalité philosophique lui fait défaut et ses dissertations trop déclamatoires nous montrent plutôt les lambeaux d*un système qu'un système fortement lié.
Voir dans nos Extraits des philosophes, liv. II. ch. VI.— Pyrrhon, f 07. Epicure, 107. Fragmcntsdela lettre d'Ëpîcure à Mcnécée. 108. Zenon, f ÎO. Giéantbe, 111. Hymne de Cléanthe, 111. Arccsilas, 1 12. Carnéade, 112. — Gh. VII. La philosophie à Rome, — Lucrèce, tl3. Lutte d'Epicure contre la superstition, 113. Déclinaison des atomes, 114. La liberté humaine, f 14. Formation du monde, 115. La destruction et la génération, loi de la matière, tl6.— Cicéron, 1 17. La loi naturelle, 117. l/immortalité. Le songe de Scipion. Condamnation du suicide. Harmonie des sphères. Divinité des âmes, 118. Le çouvemement démocratique, 120. — Sénèque, 122. L'âme (lu sage est divine. 122. Ce qui nous est propre et ce qui nous est étranger, 122. Le sage et Jupiter, r22. Notre mal n*est pas au dehors, il est au dedans de nous, 123. Doctrine de Sénèque et des stoïciens sur la mort volontaire ou le suicide, 123. VI. L'ésralité entre les hommes, 124. Les esclaves. 124. II faut s'éloigner de la foule. Les jeux du cirque, 126. — Ch. VIII. Les nouveaux stoïciens. — Ëpictèle, 127. Louange à Dieu^ 127. Utilité des épreuves. 128. Réponse aux objections tirées du mal, 128. Il n'y a de mal dans le monde que pour ceux qui le font, 128. L'homme, citoyen du monde et fils de Dieu, 1*^9. Nous portions un dieu en nous, 130. Dieu nous a confiés à nous-mêmes, 131. Faut-il rendre le mal pour le mal? 131. Marc-Aurèle, 132.