‹ Histoire de la philosophieChapitre 140 sur 397 · Epist.CXUl · texte numérisé non relu

Epist.CXUl

MORALE DBS PHILOSQJfHBS CimÉTIBNS. 193

rie de l'intolérance et mit en avant les principaux arguments que le moyen âge devait plus tard invoquer. Il est écrit : « Contraignez d'entrer tous ceux que vous rencontrerez (i). > Saint Augustin prend pour la première fois ce compelle inlrare dans le sens d'une violence matérielle. « Jésus ne dit-il pas lui-même, ajoute saint Augustin : Nul ne vient à moi s*il n'est attiré par mon Père (2). » Cet attrait de la puissance divine, saint Augustin le transforme en une contrainte brutale. « Enfin, ajoute-t-il, Dieu lui-même n'a pas épargné son fils, et l'a livré pour nous aux bourreaux, Deus proprio filio non pepercit (3). »

Dans la question de l'esclavage, les moralistes chrétiens ne parlent point au nom du droit naturel, et ne se placent qu a deux points de vue : celui de la religion et celui de l'État. Religieusement, tous les hommes sont libres en Dieu, il n'y a point de maître et d'esclave devant Dieu ; mais, dansTÉtat, on admet la possibilité et la légitimité de l'esclavage : « l'esclave doit obéir à son maître. » C'est donc toujours l'idée d'un droit inhérent à l'homme en tant qu'homme qui est absente.

Môme doctrine relativement à la propriété. Les docteurs du christianisme se placent au point de vue religieux ou au point de vue civil, plutôt qu'au point de vue du droit naturel. « La terre, dit saint Ambroise, a été donnée en commun aux riches et aux pauvres. Pourquoi, riches, vous en arrogez vous à vous seuls la propriété f » « La nature, dit-il encore, a mis en commun toutes choses pour l'usage de tous... La nature a créé le droit commun. Vusurpation a fait le droit privé (4). » La distinction des riches et des pauvres ne paraît aux premiers docteurs ni moins ni plus injuste que celle des maîtres et des esclaves, a Devant Dieu, dit Lactance, il n'y a ni esclave ni maiire ; or, puisqu'il est notre père commun, nous sommes tous libres. Devant Dieu, il n'y a de pauvre que celui qui manque de justice, de riche que celui qui manque de vertus (5).» a De quel droit, dit saint Augustin, chacun possède-t-il ce qu'il possède? N'est-ce pas de droit humain ? Car, d'après le droit divin, Dieu a fait les riches et les pauvres du même

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