I.K MOTRN AGE ET LA RENAISSANCE
car, l'existence étant elle môme une perfection, cela revient à penser que la perfection est imparfaite. — En face de ce réalisme platonicien, selon lequel l'idéal est ce qu'il y a de plus réel, se développe un système qui. reproduisant et exagérant une partie des objections d'Aristotc à Platon, refuse toute réalité aux idées universelles. Ces idées, selon Roscclin, ne sont que des mots et des noms Tel est le nominniisme. — Guillaume de Champeaux combat Roscclin en poussant Je réalisme jusqu'à ses dernières exagérations. Entre ces deux doctrines ex triâmes se place le cmceptualisme d'Abélard, selon lequel les idées univrrscllcs sont des conceptions de la pensée résultant de sa nature essenliclle; doctrine analogue à celle d'Aristote. L'indépendance et la libre dialectique d'Abélard lui attirèrent les condamnations de TEglise. — II. Les mystiques de la premiêi^e période, — Saint Bernard oppose la piété niystiaue aux hardiesses de la dialectique rationaliste. ~ Même tendance dans Vécole de saint Victor (Hugues et Richard, de l'abbaye de Saint- Victor). Les mystiques finissent par admettre, eux aussi, une sorte de liberté d'esprit opposée aux formules de l'autorité. — La libre pensée faisant des progrès, l'Eglise condamne au bûcher un grand nombre d'hérétiques et frappe d'anathème les ouvrages d'Aristote (1209). — Un
S eu plus tard, Aristote devient la principale autorité dans les choses umaines, prœcursor Christi in rébus naturalibus.
IL — DEUXitlE PCBIODE DE LA SCSLASTIOUE.
Les Arabes avaient traduit et commenté les écrivains grecs : leurs principaux philosophes péripatéticiens furent le médecin Avicennc (XP siècle) et Averrhoès (xil" siècle). Les doctrines des Arabes furent transmises aux chrétiens par les Juifs venus d'Espaçne, qui eux-mêmes avaient produit plusieurs philosophes distingués, principalement Maimonidc(xn® siècle). On connut bientôt en Occident les principaux ouvrages d'Aristote : Physique, Métaphysique et Morale. De là un flot d'idées nouvelles et une puissante impulsion donnée aux esprits. — I. Le dominicain Albert le Grand, à cause de sa science, passe pour magicien. — Son disciple saint Thomas, Vange de l'école, essaie de concilier la philosophie d'Aristote et le christianisme. Dans sa doctrine de la volonté, il compromet la liberté humaine par la prémotton pAysigti^, selon laquelle Dieu veut éternelfement que nous fassions tel ou tel acte et cependant que nous le fassions librement. — Dans sa doctrine sur le principe de 1 individualité ou de Yindividuation (problème alors dominant), il compromet l'individualité de la personne en la faisant reposer sur la matière ou le corps, non sur la volonté libre. — Dans sa conception de Dieu, saint Thomas fait prédominer l'attribut de l'intelligence sur celui de la volonté et semble placer en face de la volonté divine une vérité nécessaire qui en est indépendante. Dieu est encore pour lui une nature parfaite çlutêt qu'une liberté parfaite. Dans l'ordre de la morale et du droit, saint Thomas professe que la propriété n'est ni de droit naturel ni contraire au droit naturel ; il admet l'esclavage et rejette la liberté de penser. La politique de saint Thomas, empruntée à Aristote, est assez libérale dans ses principes. — IL L'ordre aes dominicains, chez lequel dominaient les idées autoritaires^ eut pour adversaire l'ordre des franciscains, dont les tendances étaient plus libérales. Cet ordre contient des observateurs de l'àme, comme le mystique saint Bonaventure (xiii* siècle), et des observateurs de la nature, devanciers de la science moderne, tels que Roger Bacon et Raymond Lulle. Roger Bacon enrichit la science et en particulier l'optique de théories nouvelles. — Le grand rival de saint Thomas et le métaphysicien par excellence dans l'ordre des franciscains est Duns Scoi [doctorsubtilis). Il place le principe