LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANTE
torîté des anciens et principalement d'AristoLe: elle oppose une autorité à une autre autorité et apprend ainsi peu à peu à détruire Tune par l'autre, en attendant que l'esprit moderne oppose la liberté à l'autorité.
Le fond des idées étant fixé par le dogme, il ne restait de liberté que sur la méthode d'explication et d'application. De ce côté se reporta toute l'activité intellectuelle au moyen âge.
Deux tendances diverses se manifestèrent alors dans les esprits et donnèrent naissance à deux méthodes correspondantes.
Les seuls livres anciens qui fussent d'abord à la disposition des scolastiques furent quelques parties de VOrganum d*Âristote avec Tiatrcduction de Porphyre, et quelques traités de Boèce, de Cassiodore, d'Isidore de Séville. Les études logiques devaient donc dominer dès le début. Des esprits plus attentifs à la forme qu'au fond y trouvaient une méthode commode pour le commentaire des vérités religieuses. De là une première tendance et une première méthode au moyen âge : la dialectique. On raisonne, on argumente, on tire à l'infini les conséquences sans vérifier les principes, qui demeurent au-dessus de l'examen ; on réduit toute la logique au syllogisme, qui est la forme la plus rigoureuse delà déduction ; on néglige l'induction et l'observation. L'abus du syllogisme entraîne la subtilité, le goût des divisions et subdivisions, la réduction du raisonnement logique à un mécanisme verbal, et la préoccupation excessive des formes de la pensée aux dépens de la pensée môme, en un mot le formalisme. — Mais, tout en abusant de la dialectique, le moyen âge préparait à l'esprit moderne un instrument d'une grande puissance, qui, après avoir été appliqué seulement à des questions secondaires, devait être mis ensuite au service des questions essentielles. De la forme on devait peu à peu passer au fond des choses, et remonter de l'analyse des conséquences à l'examen des principes.
En môme temps que la tendance dialectique, se développait dans la philosophie du moyen âge le mysticisme, conséquence naturelle des mystères proposés à la foi par la religion et de la vie contemplative & laquelle se vouaient les religieux. C'était aussi un reste des traditions alexandrines, transmises au moyen âge par l'intermédiaire des Pères de l'Église et de Scot Erigène. Enfin, le mysticisme de la contemplation et de l'amour fut souvent une réaction contre les subtilités du raisonnement et la slôrilité de la discussion chez les dialecticiens.
Ces deux tendances opposées, la dialectique et la mystique, so
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développèrent chacune à part dans la première période de la «coiastique ; puis elles s'unirent en se tempérant l'une par Tautre dans la période la plus brillante du moyen âge ; et enBn elles se «ôparèrent dans l'époque de décadence. On a dit avec justesse que le mysticisme et la dialectique furent Tàme et le corps de la flcolastique, et que leur séparation en fut la mort. Privée de l'élément mystique, la dialectique tomba en poussière et s'égara dans ia minutie des distinctions verbales ; de son côté, le mysticisme de plus en plus détaché du raisonnement et de la raison même perdit le sentiment du réel et s'abtma dans la dévotion extatique : ce fut la fin du moyen âge.
Comme la dialectique était la liberté appliquée à la discussion, ie mysticisme était la liberté appliquée à la contemplation : ces •deux méthodes tendaient, par des voies différentes, à l'indépendance finale relativement au dogme et aux principes du culte extérieur : le mysticisme comme la logique ne connaît guère d'autorité. Ainsi se trouvaient renfermés dans la scolastique elled[néme des germes d'affianchissement pour l'esprit humain.