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LE MOYEN AGE ET LA BENAISSANCB

Bientôt reparut le problème qui avait séparé Platon et Aristote: celui des idées. Porphyre, dans son introduction hVOrganum d'Âristote, avait posé ce problème en se demandant si les genres ont une existence séparée des choses où ils se manifestent, ou s'ils n*ont d'existence que dans les choses mômes. Par exemple, THumanité a-t-elle une réalité propre indépendamment des individus humains, ou n*existe-t-elle que dans les individus et par eux? On sait que la première opinion fut celle de Platon, la seconde, celle d'Âristote : cette grande question de l'origine des idées, qui enveloppe l'origine des choses, devait diviser et agiter pendant de longs siècles tout le moyen âge.

La question fut d'abord résolue dans le sens platonicien : les idées universelles, ou, comme on disait alors, les universaux, répondent à des réalités distinctes de notre pensée et de la nature, elles ont leur réalité suprême dans l'essence et dans la pensée divines. La vraie humanité, avec ses perfections essentielles, n'est pas dans les individus humains, mais en Dieu, qui produit les choses par sa pensée ; de même Dieu renferme dans son éternité tout ce que le temps développe et manifeste d'universel. Cette doctrine, qui admet la réalité éternelle des idées générales, s'appela pour cette raison le réalisme.

Ou la trouve remarquablement développée dans saint Anselme (1), surnommé le second Augustin, et qui emprunta à ce Père de l'Eglise latine un grand nombre de doctrines platoniciennes (2).

1. XP siècle. Né à Aoste, abbé du Bec, en Normandie, puis archevêque de Canlorbéry.

2. • Lorsque Tcsprit suprême se parle lui-môme, dit saint Anselme, il

• parle eu même temps tout ce qui a été fait. Car, avant qu'elles soient

• faites, depuis qu'elles le sont, etmême lorsqu'elles périssent ou s'altèrent,

• toutes choses sont toujours en lui, non ce qu'elles sont en elles-mêmes,

• mais ce c^u'il est lui-même. En elles-mêmes, en effet, elles sont une fl essence sujette au changement, créée en vertu d'une raison immuable ; fl en lui, au contraire, elles sont Vessenee première, et le principe vrai de t l'existence .• D'a|)rès saint Anselme, une qualité quelconque ne peut appartenir à un sujet que parce qu^elle est en elle-même quelque part, d'où elle découle en lui, et où il l'a puisée. Un être n'est juste que par la justice } et le premier être, étant par lui-même tout ce qu il est, doit être la justice elle-même, considérée d'une manière «nbsolue. Cette induction, répétée sur chacune des qualités que nous connaissons, donne cette conclusion que Dieu est en essence ce que les autres sont en qualité.

En remontant ainsi des choses visibles à leurs Idées, et des Idées à l'Unité suprême, saint Anselme reproduit la preuve dialectique de l'existence de Dieu, telle que riat<^n l'avait conçue. En outre, il en conclut la méthode pour déterminer les attributs de Dieu : cette méthode

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