Lettre au P. Mcrsenne
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hypothèse sur la cause du phénomène et déduire à priori ce qui devrait arriver si cette cause était telle ou telle; rexpérimentation n'est que la vérification de cette hypothèse préalable. On ne peut donc entreprendre aucune expérience avant d*avoir fait une supposition qui sert d*idée directrice, et les sciences inductives ellesmêmes tendent par leur progrès à se changer en sciences déductivés. La vraie physique, comme Descartes le comprendra, est la physique mathématique.
II. HoBBES. — Hobbes (1588-1679), ami de Bacon, poussant à Textréme la tendance sensualiste des Anglais, ne s'abstient pas, comme Bacon lui-même, delà métaphysique. Il professe un matérialisme décidé, qu'il transporte dans la morale et dans la politique. Il diffère en outre de Bacon par l'importance qu'il accorde à la déduction dans la philosophie. Son système n'est lui-même qu'une longue série de raisonnements déductifs, qu'il s'efforce d'enchafner avec une rigueur mathématique.
Selon Hobbes, il n'existe que des corps, et tous les phénomènes qui se passent dans les corps peuvent se réduire à des mouvements. La sensation est elle-même un mouvement du cerveau. Ce mouvement est-il favorable à l'ensemble des fonctions qui constitue la vie, il produit le plaisir ; dans le cas contraire, la douleur. Le plaisir, à son tour, engendre le désir, mouvement d'expansion et de recherche; la douleur engendre l'aversion, mouvement de concentration et de fuite. La volonté n'est autre chose que le désir le plus fort, qui l'emporte sur les autres et entraîne nécessairement l'action. La liberté morale, ou puissance de vouloir et de ne pas vouloir, est une chimère ; nous ne pouvons posséder quMne liberté physique, qui est la puissance de faire ce que nous désirons le plus fortement.
Transportez ces principes dans la morale et tirez-en les conséquences. I^a première, c*est qu'il n'y a d autre bien et d'autre mal que le plaisir et la douleur, ou ce qui sert au plaisir, c'est-à-dire Tutile, et ce qui amène la douleur, c'est-à-dire le nuisible. Nous voilà revenus à la morale utilitaire d'Épicure.
En fait et en droit, selon Hobbes, l'intérêt est notre seule règle. En fait, tous nos sentiments sont de Tégolsme transformé ; la piété, le respect et la religion sont de la crainte ; les sentiments de l'art sont des expansions de la personnalité : le plaisir du ridicule, par exemple, est un sentiment d'orgueil à la vue de notre supé* riorité sur autrui. Les sentiments de bienveillance et de pitié sont
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eux-mêmes égoïstes : être bienveillant, c'est avoir le seûtiment d'une puissance assez grande pour faire à la fois son bonheur et celui d' autrui ; avoir pitié, c'est s'imaginer que le mal d'aulrui peut vous arriver à vous-même et en souffrir d'avance. Tels sont les faits, à en croire Hobbes. — En droit, la recherche du plus grand intérêt est la seule règle possible et conséquemment raisonnable. Chercher le plaisir et éviter la douleur, voilà donc la loi naturelle^ et le résumé de ce qu'on appelle la morale.
De cette morale déduisons la politique. Pour cela, mettons en présence plusieurs de ces êtres mus mécaniquement par le désir et Taversion : les machines humaines changeront -elles de ressort et de nature parce qu'elles seront réunies? Nullement. Chacune continuera de suivre la loi naturelle, qui est régolsme, de ne se mouvoir que pour soi et vers soi. L'homme étant naturellement égoïste, il est faux de prétendre avec Aristote qu'il aime naturellement les autres hommes, qu'il est naturellement sociable. Au contraire, selon Hobbes, l'homme est naturellement ennemi de l'homme ; bien plus, dans l'état de nature, Thomme est un loup pour l'homme: Homo homini lupus. Chacun désirant tout pour luimême, veut tout avoir aux dépens d'autrui ; et comme les autres ont le même désir, il en résulte la guerre de tous contre tous, bcllum omnium contra omnes. Cette guerre est l'état de nature.
Qui l'emportera 7 Le plus fort. Et cette victoire est naturelle, elle est logique et conforme à la droite raison; en conséquence elle est de droit. Le vrai droit naturel, principe de tous les autres, c'est donc le droit du plus fort. Dans l'état de nature, le plus fort peut causer du dommage au plus faible ; mais ce dommage n'est pas une injustice ; car, au nom de quelle loi le faible peut-il protester? « Pourquoi vous plaignez- vous? lui répondra-t-on. Suis-je € tenu de suivre votre fantaisie plutôt que la mienne, puisque « je ne vous empêche pas de suivre votre volonté et que la mienne « ne vous sert pas de règle (1) 7 » La guerre de tous contre tous et le triomphe du plus fort, qui était un fait naturel, est donc aussi un droit naturel ?
Toutefois, cet état de nature est misérable. Aussi, quoique conforme au droit naturel, il n'est point conforme au plus grand bonheur possible de l'homme, dont la recherche est sa loi natui^lle, c'est-à-dire sa direction normale et fatale. Le plus grand bien des hommes, une fois qu'ils sont en face les uns des