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Rép. aux 2* obj. du P. Mersenne

4. « Par le mot de pensée, j'entends toutes ces choses que nous trouvons en nous avec la conscience qu'elles y sont, et autant que la conscience de ces choses est en nous. » {Principes, I, 9.) c Ainsi toutes les opérations de la volonté, de l'entendement, de l'imagination et des sens, sont des pensées, i (Rép. aux 2« obj., 1, 431.)

DB L*AlfB. BON EXISTENCE, SES FACULTÉS ET SA NATURE. 251

et il ne peut connaître les autres choses que par lui-môme^ relativement à lui-mâme, en lui- même (I).

II. Théorie de Feniendement et des idées. — Maintenant, quelles sont les facultés que Tâme voit en soi par la conscience ? — Il y en a deux principales : Tintelligence passive, et la volonté active (2).

L'intelligence, en apercevant les objets, est modifiée de diverses manières ; ce sont ces modifications causées par les objets que Descartes appelle idées. Or, les idées sont de trois sortes. Les premières sont des combinaisons faites par la volonté, comme celle de centaure ou d'hippogrifife: ce sont les idées facliceSy qui en supposent d'autres pour leur servir d*éléments. La seconde espèce d'idées comprend celles qui semblent nous arriver du dehors par l'intermédiaire des sens : Descartes les appelle idées adventices. Ces idées ont leur occasion extérieure dans des mouvements transmis au cerveau par les objets matériels ; mais elles ns ressemblent pas plus à ces mouvements qui les produisent que la sensation d'une piqûre ne ressemble à une épingle, ou celle de chatouillement à une plume qui vous chatouille. Ce que nous éprouvons en sentant le son n'est point semblable à ce qui se passe dans le corps sonore ; car, dans ce corps, il n'y a que des mouvements ; de même la sensation de la lumière ne ressemble pas aux mouvements de Téther qui la produisent. Il n'y a de véritablement réel au dehors de nous que l'étendue et le mouvement ; les autres qualités prétendues de la matière, son, couleur, odeur, saveur, existent plutôt en nous que dans les choses : ce

1. c II n'y a rien, qui nous fasse connaître quoi que ce soit, qui ne nous fasse connaître encore plus certainement notre pensée. Par exemple, si je me persuade c^u'ii y a une terre à cause que je la touche et que je la vois, à plus forte raison je dois être persuadé que ma pensée est ou existe ; car il se peut Caire que je pense toucher la terre, sans qu'il y ait peut-être aucune terre au monde ; mais il n'est pas possible que moi, c'est-à-dire mon àme^ ne soit rien pendant qu'elle a cette pensée. » (Principes, I, 11.) Ainsi donc, selon Descartes, Tesprit se voit lui-même comme une réalité première que toutes les autres râilités supposent, et il se voit par une expérience intime ou intuition qui précède tout raisonnement et toute déduction.

2. « Toutes les façons de penser [c'est-à-dire d'avoir conscience] que nous remarquons en nous, peuvent être rapportées à deux eénérales, dont l'une consiste à apercevoir par l'entendement, et l'autre a se déterminer par la volonté. Aussi sentir, imaginer, et même concevoir des choses purement intelligibles, ne sont que des façons différentes d'apercevoir; mais désirer, avoir de l'aversion, affirmer, nier, douter, sont des façons différentes de vouloir. » [Pnncipes, 1, 32.)

252 PHILOSOPHIE FRÀNGAISB. — DESCARTES.

sont des idées ou modifications de la conscience, plutôt que des objets réels.

S'il en est ainsi, peut-on dire que les idées adventices, qui semblent venir du dehors, en viennent réellement 1 — Non. Les idées ne se promènent pas des objets à nous, comme rimaginèrent Démocrite et Épicure. Les idées naissent en nous à l'occasion des mouvements extérieurs, c Les organes des sens ne nous apportent rien qui soit tel que l'idée formée à leur occasion (1). » Il faut donc admettre que l'esprit renferme eu puissance toutes ces modifications qui se développent en lui à l'occasion des objets extérieurs. Des idées adventices nous remontons ainsi aux idées véritables, selon Descartes, qui naissent en nous et sont appelées pour cela innées ou naturelles. * Ce ne sont pas des idées représentées dans quelque partie de notre esprit, comme un grand nombre de vers dans un manuscrit de Virgile, mais elles y sont en puissance comme les figures dans la cire (2). ■

Cette théorie encore trop vague souleva, ainsi que les autres doctrines cartésiennes, les objections souvent justes de Hobbes, de Gassendi, d'Ârnauld et d'une foule d'autres philosophes, c Je ne me persuade pas, leur répond Descartes, que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre de sa mère sur les choses métaphysiques... Il a les idées de Dieu, de lui-même, et de toutes ces vérités qui de soi sont connues, comme les personnes adultes les ont lorsqu'elles n'y pensent point (3). » Mieux vaudrait dire que notre entendement a une certaine constitution naturelle et innée, qui le rend propre à prendre telles formes ou telles directions et à en avoir une conscience qu*on appelle l'idée.

III. Théorie de la volonté. ~ Les idées ou modifications cons-

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