‹ Histoire de la philosophieChapitre 202 sur 397 · Lettre à Elisabeth. Ed. Garnier. lU · texte numérisé non relu

Lettre à Elisabeth. Ed. Garnier. lU

270 PHILOSOPHIE FnANÇXCSB* ^- OESCilRTBS.

€ n'aurait créé le soleil, qui est plusieurs fois plus grand que la c terre, à autre dessein que d'éclairer riiomme, qui n'en occupe c qu'une petite partie, i

Quant aux fins secondaires et particulières prêtées à Dieu par certains physiciens, Descartes les rejette même de la physiologie. « De cet usage admirable de chaque partie dans les plantes et dans les animaux il est juste d'admirer la main de Dieu qui les a faites, et de connaître et glorifier Tourrier par l'inspection de l'ouvrage ; mais non pas de deviner pour quelle fin il a créé chaque chose... En physique, où toutes choses doivent être appuyées de solides raisons, cela serait inepte (t). » Le mécanisme des choses révèle donc une cause efficiente et intelligente, mais non pas une cause finale particulière que Dieu aurait eu en vue.

Descartes aurait dû faire une restriction en faveur de la finalité dans la morale : car nos devoirs particuliers reposent sur les fins que nous posons nous-mêmes à notre intelligence, à notre sensibilité, à notre corps, etc. Dans la physique même, s'il est absurde de faire intervenir un Dieu qui impose des fins du dehors par une action transcendante et surnaturelle, il n'est pas absurde de croire que les êtres vivants ont le pressentiment de leur fia immanente et naturelle, et qu'ils s'y adaptent par une intelligence plus ou moins consciente.

Descartes a du reste reconnu lui-même que les causes finales devaient avoir leur unique refuge dans la science des mœurs; mais il n*a point approfondi cette idée, et en général il s'est trop peu occupé des études morales, qu'il considérait cependant comme le but suprême delà philosophie. De cette « morale de provision »» adoptée par lui parce qu'il ne pouvait suspendre ses actions comme sa pensée, il n'est point passé à la morale définitive ; il s'est coQ' tenté d'en montrer le principe dans la notion de «bonne volonté». Ëti Dieu il admet la liberté, et de même chez l'homme ; mais ' l'idée complémentaire de l'amour, fondement de la moralité pro* prement dite, ne lui apparaît point clairement. Il en résulte que cette région idéale de liberté, élevée par Descartes au-dessus des { régions intellectuelles et matérielles demeure comme couverte de nuages. D'une part on n'aperçoit pas bien le passage de la sphère intellectuelle à la sphère volontaire; dautre part, une solution de continuité analogue existe entre le domaine physique de l'étendue et le domaine intellectuel de la pensée : aucun lien ne les rat-

1. Prindpes, I, 28. PHncines, HI, 1, 2, 3. Lettres, Vm, 2S0. Rép. à Gassendi, II, 20U. (Cuusin.)

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