LE MONDE ET SES LOIS
tacbe, sinon Taction de cette volonté absolue et divine dont Descartes nous a donné une démonstration insuffisante et dont il se sert comme d*an DeiÂS ex machina. De ces défauts du cartésianisme sortiront ceux du spinoiisme : pour ramener à l'unité les trois philosophies superposées par Descartes, — philosophie mécaniste de la matière, philosophie idéaliste de la pensée, philosopliie incomplètement morale de la volonté, — Spinoza ramènera d'abord l'étendue et la pensée à deux modes harmoniques d'un même principe ; puis il confondra ce principe avec la puissance absolue placée par Descartes au sommet des choses, et, retranchant à cette puissance toute moralité, il l'identifiera enfin ellemême avec la nécessité absolue. Dès lors, toute liberté vraie et tout principe vraiment moral ayant disparu, le cartésianisme sera réduit à un panthéisme théologique et logique.
Ainsi, en résumé, Descartes a bien vu les trois grands ordres de choses dont la philosophie doit montrer l'unité ; mais il n'a développé avec étendue que la théorie de la matière et la théorie de la pensée ; quant à la théorie de la volonté, il n'en a posé que les principes tout métaphysiques et encore trop mélangés de théologie. En outre, il a laissé des vides entre les trois domaines de sa philosophie, où ont encore trop de place les entités, les substances, les abstractions réalisées, les conceptions transcendantes et invérifiables. Par les vérités positives de sa doctrine, il a préparé les doctrines plus complètes qui devaient agranair et unir les diverses assises de Tédifice ; mais, par les lacunes de son système, il a provoqué aussi des systèmes plus incomplets que le sien, qui, supprimant la partie supérieure réservée à la volonté, se sont contentés de la matière et de la pensée abstraite, pour ramener ensuite ces deux principes à un seul en niant toute liberté morale, même comme but idéal proposé au progrès de notre volonté. La partie caduque de l'édifice élevé par Descartes est sa psychologie trop abstraite, trop dédaigneuse de l'expérience, et sa théologie incore empreinte de Tesprit du moyen âge, où il essaie en vain de démontrer géométriquement, par un jeu d'abstractions scolastiques, des existences transcendantes et inaccessibles ; la partie durable de son système est sa logique, pleine de vues neuves sur la méthode des sciences, et sa cosmologie mécaniste, où respire l'esprit scientifique des modernes.
Voir dans nos Extraits des Philosophes : Dbsgartbs, I. Entendemeat el' ToloDté, 192. II. Spiritualité du moi, 193. III. Preuve cartésienne de Teiisteoce de Dieu par F imperfection de notre exiàtence, 194, etc.