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276 L^S GARTiSIBNS FRANÇAIS.
« ter, trop peu pour croire, j» Quant au2 preuves métaphysiques, « elles sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si im- « pliquées, qu'elles frappent peu; et quand cela servirait à quel- « ques-uns, ce ne serait que pendant Tinstant qu'ils voient cette « démonstration ; mais une heure après, ils craignent de s'être « trompés (1). » Gomment donc affirmer Dieu, dont nous n'avons aucune science certaine 7 Descartes a montré que toute affirmation, en définitive, est volontaire ; il faut donc dire que celui qui affirme Dieu le fait par un acte de volonté, et comme une affirmation volontaire est une croyance, Dieu n*est en définitive qu'un objet de croyance religieuse. « S'il y a un Dieu, il est infiniment « incompréhensible, puisque n*ayant ni parties ni bornes, il n'a « nul rapport à nous. Nous sommes donc incapables de connaître « ni ce qu'il est, ni s'il est (2). »
La raison étant ainsi réduite, selon Pascal, à un doute invincible sur le premier principe de toute existence, qui est aussi le premier principe de toute pensée et de toute certitude, faudra-t-il s'en tenir là et, comme les Pyrrhoniens, s'abstenir de toute affirmation ? — Non, prétend Pascal, l'abstention est impossible. S'il ne s'agissait que de spéculation pure, on pourrait ne prendre aucun parti ; mais nous sommes faits pour agir : la pratique nous oblige donc à un choix, et la morale ne peut, comme la métaphysique, demeurer en suspens. Pascal ne se contente plus, comme Descartes, d'une morale provisoire : il veut une morale définitive ; cette science des mœurs que Descartes avait trop négligée, il en comprend toute l'importance : « La science des choses exié- « rieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale ea « temps d'affliction ; mais la science des mœurs me consolera « toujours de l'ignorance des choses extérieures (3). »
Selon Pascal, la morale est tout entière dans la charité. Après en avoir appelé de la nature à la raison, il faut en appeler de la raison à la charité. Voilà ce o troisième ordre » où nous pourrons enfin trouver le repos ; ce sont les choses du cœur et du sentiment, les choses de l'amour, c'est-à-dire en définitive de la volonté. Déjà Descartes nous avait fait entrevoir dans la volonté la région de l'absolu véritable et du véritable infini : selon Pascal, cette région n'est pas moins supérieure à celle de la pensée logique
que la pensée à la matière ; son dernier mot, qui nous révèle le but et le plan de tout son livre» est dans les sublimes pages que la charité lui inspire.
c La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité...
Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes ne valent pas le moindre des esprits, car il connaît tout cela, et soi; et les corps, rien. Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité ; cela est d*un ordre infiniment plus élevé.
De tous les corps ensemble, on n'en saurait faire réussir une petite pensée : cela est impossible, et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité : cela est impossible, et d'un autre ordre... » (XVII, 1.)
Maintenant, quelle est Tessence de cette charité devant laquelle Pascal prétend anéantir la pensée, comme il avait déjà voulu anéantir devant la pensée même l'univers matériel ? ~ C'est ici que sa doctrine, après s'être approchée des conceptions de la philosophie la plus moderne, va revenir au mysticisme du moyen âge. Au fond de cette charité où il voit avec raison le plus haut des principes, il n'aperçoit pas une liberté vraiment digne de ce nom. Sans doute il a soin d'attribuer la liberté infinie à son Dieu, et il prétend aussi laisser la liberté à Thomme ; mais quelle liberté 1 Avec Augustin et les jansénistes, Pascal considère la liberté humaine comme tellement diminuée, corrompue, asservie par le péché originel et par la prédestination éternelle, qu'elle est plutôt une liberté de nom que de fait. Dès lors, l'amour ou la charité dépendent-ils vraiment de nous et de notre volonté personnelle 7 Nullement : c'est Dieu qui fait tout en nous par sa grâce : il est libre, lui seul, d'une liberté gratuite et arbitraire; nous, nous sommes ce qu'il nous fait, et nous ne l'aimons que si luimême se fait aimer de nous. Le moyen qu'il emploie pour cela est un moyen de séduction et d'attrait : le plaisir (i).
Ainsi, au moment même où Pascal allait, ce semble, fonder la morale du désintéressement et du véritable amour, il retombe^ en méconnaissant notre indépendance naturelle et personnelle, dans une morale de plaisir et d'intérêt.
Son principe, tout épicurien, c'est que c l'homme est né pour « le plaisir ; il le sent, il n'en faut point d'autre preuve. • c On € ne quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands (2). » « La