Voir notre livre sur la LiberU et le déterminisme
La croyance en Dieu, simple résultat de Tamour, .ne peut plus être à son tour, selon Pascal, qu'une croyance toute surnaturelle, une révélation et une foi mystique. Cette foi, c*est Dieu qui l'inspire, quand il lui convient, par le plaisir ou attrait passif. En un mot, comme le soutenaient les jansénistes, tout ce que nous pouvons faire par nos propres forces, ce n'est point d'aimé, mais de crai7idre.
Pascal est amené ainsi à placer le fondement rationnel de la foi dans l'intérêt ; l'intérêt devient la seule raison naturelle de croire en Dieu, puisque la charité est surnaturelle (V, 1). Ainsi s'explique le fameux argument du pari, qui est un calcul de pur intérêt, cr Dieu est, ou il n'est pas. Mais de quel côté pencherons- « nous ? La raison n'y peut rien déterminer. Il y a un chaos « infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette « distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagnereza vous?... !1 laut parier, cela n'est pas volontaire : vous êtes em- « barque. Lequel prendrez-vous donc? Voyons. Puisqu'il faut c choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins... Pesons le gain a et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux « cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne o perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. » C'est là une application fort contestable du calcul des probabilités,par laquelle on pourrait tout aussi bien démontrer la divinité de Brahma ou de Mahomet ; cette foi par intérêt et par calcul de hasards, semblable à un coup de dé, est-elle un fondement sûr non-seulement pour la morale, mais pour une religion même ? Lisons le chapitre jusqu'à la fin. c Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez « pas le chemin... Apprenez de ceux qui ont été liés comme vous, « et qui parient maintenant tout leur bien ; ce sont gens qui c savent ce chemin que vous voudrez suivre, et guéris d'un mal « dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont comte mencé ; c'est en faisant tout comme s'ils croyaient (1), en prett nant de l'eau bénite, en faisant dire des messes, etc. Naturel- « lement même cela vous fera croire et vous abêtira. — > Mais « c'est ce que je crains? — Et pourquoi ? qu'avez-vous à perdre? » Pascal oublie la dignité, la liberté, qui est le tout de l'homme. Que nous voilà loin de ce c mouvement de charité • qui surpas-^ sait infiniment le monde intellectuel et le monde sensible, et qui, à lui seul, était un nouvel univers I — Il n'y a que Dieu, dit