Autant en font les Mahométans et les Bouddbistcs
Pascal, qui puisse produire ce mouvement. — Mais si je n'y suis moi-même pour rien, pouvei-vous dire vraiment que j'aime ? Si votre univers moral n*est pas l'œuvre de ma volonté, qu'est-ii encore en sa grandeur apparente, sinon un atome et un néant T Devant la vraie et libre charité, celle qui vient de moi, votre charité prétendue s'évanouit à son tour, comme s*est évanouie déjà la matière devant la pensée; et du haut de cette région idéale où j'aimerais par ma propre force, je vois votre amour passif, mêlé d'une crainte intéressée, s'anéantir.
N'ayant point admis de charité naturelle, Pascal ne pouvait admettre ni morale naturelle ni droit naturel. « On ne voit presque c rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en chan* « géant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent « toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité... Le « droit a ses époques. L'entrée de Saturne au Lion nous marque c l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière-borne I « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà... Rien, suivant « la seule raison, n'est juste de soi ; tout branle avec h temps. La « coutume fait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est c reçue (III, 1). » Comme nous n'avons plus aucune mesure de la justice que la mesure surnaturelle, qui nous dépasse, nous ne pouvons plus juger ni de la justice divine ni de la bonté divine. De là ces dures paroles qui, détruisant l'idée de Dieu comme justice et bonté infinie, détruisent en réalité la dernière raison de croire en Dieu. « Il n'y a pas si grande disproportion entre notre c justice et celle de Dieu qu'entre l'unité et l'infini. U faut que la « justice de Dieu soit énorme comme sa miséricorde : or, la « justice contre les réprouvés est moins énorme et doit moins cho» « quer que la miséricorde envers les élus (II, !).»— Ainsi c'est le Dieu bon qui choque Pascal I Qu'est-ce donc alors en définitive que son Dieu, sinon une puissance qu'il ne dépend point de nous d'aimer ni même de concevoir aimable, et qui ne peut être aimée qu'en se faisant aimer elle-même fatalement, ou plutôt en se faisant craindre?
Tel est le mysticisme auquel Pascal aboutit, après avoir traversé le scepticisme ; mais cette façon de croire en Dieu n'est-elle pas du scepticisme encore ? Pascal a voulu rétablir dans toute sa force le troisième « ordre » entrevu par Descartes ; il ne s'est pas demandé si ces trois mondes ne seraient pas simplement les trois degrés par lesquels la réalité s'élève et se dépasse elle-même sans cesse ; il a cru qu'il fallait appuyer le troisième ordre sur
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les ruines des deux autres,et à la on, faute d'avoir des fondements s^olides dans le monde de la nature et dans le monde de la raison, son monde de la charité s'écroule avec tout le reste. On peut appliquer à sa philosophie ses propres paroles : c Nous brûlons 4c du désir de trouver une assiette ferme et une dernière base cons* « tante, pour y édifier une tour gui s'élève à l'infini ; mais tout « notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes (I^ 1). » Cette assiette ferme et constante pouvait-elle se rencontrer ailleurs que dans l'idéal de la liberté morale» principe de la vraie charité comme du vrai devoir et du vrai droit ? La grande âme de Pascal a bien compris que le dernier objet de la philosophie devait être l'amour universel : il n'a point su trouver en Ini-méme, dans la volonté aimante et aimable, le vrai principe de cet amour.