II. — BOSSUET ET FÉNELON
Pascal, grâce à son génie ei a l'ardeur de sa passion, avait immédiatement saisi, dans le cartésianisme, la partie la plus haute et en même temps la plus incomplètement développée : la doctrine de la volonté. Les autres cartésiens qui, comme lui, restèrent chrétiens, ne s'élevèrent point jusque-là : ils se tinrent dans la région intermédiaire d'une philosophie tout intellectuelle et d'une religion toute rationnelle. Avec plus de sagesse, ils eurent plus de médiocrité. Tels furent principalement Bossuetet Fénelon, à qui manque l'originalité philosophique, et qui, dans la théologie naturelle, s'en tinrent à la tradition de saint Thomas sans aller avec Descartes jusqu'à Duus Scot. Le dieu de Bossue t et de Fénelon n'est point une volonté supérieure à la pensée proprement dite, mais plutôt une pensée qui soumet la volonté à ses lois. C'est la raison universelle, « toujours existante et toujours entendue » ; c'est le « soleil des intelligences » décrit par Platon (2).
Bossuet et Fénelon admettent toutes les preuves cartésiennes de l'existence de Dieu, en y joignant la preuve populaire par les causes finales. Ils insistent surtout sur cette idée du parfait ou de l'infini que Descartes avait représentée, avec saint Anselme comme enveloppant en elle-même l'existence. Bossuet, principalement, donne à l'argument ontologique une forme plus simple et plus éloquente tout à la fois, quoique non plus démonstrative : — « Pourquoi Pimparfait serait-il, et le parfait ne serait-il pas?... La perfection est-elle donc un obstacle à l'être ? Non, elle est la raison d'être, s La grande question est précisément de savoir si
dans le fond de la réalité, qui nous est inconnu, il n'y a pas con* tradictjon entre la perfection et l'existence concrète.
Descartes n'admettait aucune intuition intellectuelle de Dieu : selon lui, l'idée de Dieu est une idée pure, non une vision. Bossuet et surtout Fénelon^ s'inspirant davantage de saint Âugusiin, penchent pour la théorie platonicienne et mystique de l'intuition rationnelle. Enfin nous allons voir Malebranche, absorbant dans le cartésianisme les doctrines de saint Augustin et par cela même de Platon, développer la théorie d'une vision de Dieu, ou, qui plus est, d'une vision de toutes choses en Dieu, et renouveler ainsi l'idéalisme mystique.