‹ Histoire de la philosophieChapitre 213 sur 397 · SPINOZA · texte numérisé non relu

SPINOZA

libre, à vrai dire, n*y peut être renfermée. Le système repose donc sur ce postulat qu'il n'y a point de volonté libre.

III. Là Nature et l'hommb. — La nature, telle que nous la connaissons, se développe en deux séries parallèles de phénomènes ou modes : les modes de la pensée et les modes de l'étendue. Chaque pensée correspond à un mouvement, chaaue mouvement correspond à une pensée : ce sont deux faces inséparables d'une même existence. — L homme D'est pas dans la nature comme un empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout. Le libre arbitre est inadmissible à priori, puisque tout découle de l'essence même de Dieu avec une nécessité absolue, et à posteriori, parce que le prétendu sentiment de notre liberté se réduit à 1 ignorance des causes qui nous poussent. L'homme n'est donc qu'un « automate spirituel. » Ses pensées et ses passions s'expliquent géométriquement. — Théorie géométrique des passions. Principe fondamental de cette théorie : « Toute chose, autant qu'il est en elle, s'eiTorce de persévérer dans son être. » Cet effort, quand il a conscience de soi, s'appelle le désir. — Ce qui satisfait le désir produit la joie, « cette passion par laquelle l'àme passe à une perfection plus grande. » Ce qui contrarie le désir produit la tristesse. Joie, tristesse et désir sont trois passions élémentaires d'où naissent toutes les autres. L'amour et la haine n'en sont que des dérivés. Caractère fatal que Spinoza attribue à tout amour.— Il reconnaît cependant que l'amour est plus grand quand l'être aimant est persuadé que l'être aimé est libre et librement bon. Spinoza reconnaît ainsi implicitement que la perfection véritable serait la bonté libre, et cooséquemmcnt que la perfeciioD véritable n'est point celle qu'il attribue à son Dieu et à son Univers.

IV. MORALB DB Spinoza. — La morale de Spinoza est celle du détermiaismc absolu. Spinoza rejette d'abord toute considération de causes finales. La nature n'a pas de but et n'agit pas pour une fin; elle est ce qu'elle ne peut pas ne pas être. Par conséquent, la perfection et rimperfection consistant à atteindre ou à ne pas atteindre sa fin sont des notions tout humaines, qui n'expriment rien de réel. Le bien et le mal ne marquent rien de positif dans les choses considérées en elles-mêmes, et ne sont autre chose que des façons de penser. — Tout bien est relatif à nos désirs et se réduit à rutile. L'utile est ce qui sert à nous procurer de la joie. — La morale n'est donc que la science de l'utilité véritable, la science du bonheur. — Le bonheur ne se trouve que dans le développement de la raison. La raison conçoit les choses sous l'idée de l'éternité et elle communique à la joie qui l'accompa^D^s un caractère d'immutabilité et de durée. La raison comprend aussi la nécessité des choses, et la conscience de cette nécessité est la liberté même : s'identifier à la nécessité éternelle ou à Dieu, voilà la vertu.^ — Comprendre la nécessité qui fait dériver de Dieu toutes choses, c'^^st aimer Dieu d'un amour intellectuel. — L'amour de Dieu ne fait qu'un avec la vie éternelle. « Nous sentons, nous éprouvons que nous sommes étemels. » — Cette éternité de l'àme ne doit pas être considérée comme un salaire de la vertu, mais comme identique à la vertu même. — Politique de Spinoza. — C'est celle de Hobbes perfectionnée. Dans l'état de nature, il n'y a pas d'autre droit que la force. La raison fait comprendre à l'homme que son plus grand intérêt est dans la société avec ses semblables. Le pacte social, fondement de la société, ne consiste pas, comme l'a cru Hobbes, dans une aliénation totale de la

Imissance individuelle. Cette aliénation, selon Spinoza, est impossible ; 'individu ne peut pas céder le pouvoir de penser ce qui lui plait. La est le fondement de la liberté de penser. En entre, le pouvoir social je plus fort n'est pas le despotisme d un seul, mais le gouvernement fondé

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nir la Tolonté de tous ou la république. — Au reste, lldée de la vraie liberté est absente de la politique de Spinoza comme de sa morale. — Il n'y a pour lui ni droit proprement dit ni devoir proprement dit.

I. La doctrine de Spinoza est peut-être la forme la plus parfaite à laquelle soit parvenue cette philosophie tout intellectuelle et rationaliste qui considère la pure raison comme l'essence des choses. Que serait une philosophie rigoureusement déduite des données do Tintelligence, sans l'introduction d'aucun élément emprunté à la volonté ? C'est ce que peuvent nous montrer la méthode et le système de Spinoza. Celui-ci ne voit rien que du point de vue intellectuel. Prenant le mot de pensée^ employé par Descartes, dans un sens plus rigoureux qui en exclut Tactivité voloiitaire, il n*aperçoit en lui-même que la pensée proprement dite et, sous la pensée, Télre universel.

II. Spinoza procède, selon la méthode géométrique dont Descaries avait déjà abusé, par axiomes, définitions et démonstrations. Trois définitions renferment d'avance toute VÉtique :

tt J'entends par substance ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept peut être formé sans avoir besoin du concept d'une autre chose.

c J'entends per attribut ce que la raison conçoit dans la substance comme constituant son essence.

«c J'entends par mode les affections de la substance^ ou ce qui est dans autre chose et est conçu par cette même chose. »

Ces trois sortes d'objets, avec les définitions correspondantes, épuisent-ils réellement, comme le croit Spinoza, tout le contenu de la conscience et ne trouve-t-on en nous rien autre chose ? — Si on l'accorde à Spinoza, on lui accorde par avance tout son système ; si on le lui refuse tout d'abord, son système ne pourra plus exprimer qu'une partie de la réalité. Or, Spinoza n'a pas démontré 4[u'il n'y eût point autre chose que des modes sentis par les sens, des attributs perçus par l'entendement, une substance conçue par la raison. Dans laquelle de ces catégories placer la volonté individuelle? Est-ce un mode, est-ce un simple attribut, est-ce une substance en soi et par soi ? Spinoza ne peut la faire rentrer dans aucune de ces catégories, et il finit par la nier.

Une fois la volonté exclue des définitions fondamentales, Spinoza devait aboutir, comme il le fait, à n'admettre qu'une seule substance pour tous les êtres. En effet, faites abstraction des différences de modes et des différences d'attributs entrp

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