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Ethique^ 111, vi, vu, vui et s

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« passioa primitive ; et je me réserve de prouver par la suite que « toutes les passions naissent de ces passions élémentaires. »

De ces trois passions dérivent d*abord l'amour et la haine. « L*amour n'est autre chose que la joie accompagnée de l'idée c d'une cause extérieure; et la haine n'est autre chose que la « tristesse accompagnée de l'idée d*une chose extérieure... Celui « qui aime s'efforce nécessairement de se rendre présente et de c conserver la chose qu'il aime ; et au contraire celui qui hait « s'efforce d'écarter et de détruire la chose qu'il hait.

On voit que Spinoza, revenant à la pensée antique, identifie entièrement l'amour avec le désir : il n'admet dans Tidéal de l'amour aucun don libre de soi-même, aucun acte de volonté, et il rejette toute définition qui envelopperait une telle idée. « Cette défini- « tion : aimcTy c'est vouloir ïunir à l'objet aimé, exprime une « propriété de l'amour, et non son essence... Il faut observer « qu'en disant que c'est une propriété de l'aimant de vouloir « s'unir à l'objet aimé, je n'entends pas par ce vouloir un con- « sentement de l'âme, une détermination délibérée, une libre « décision enfin (car tout cela est fantastique)... Je n'entends pas « non plus le désir de s'unir à l'objet aimé quand il est absent ou « de continuer à jouir de sa présence quand il est devant nous ; « car l'amour peut se concevoir abstraction faite de ce désir, c J'entends par ce vouloir la paix intérieure de l'aimant en pré- « sence de l'objet aimé, laquelle ajoute à sa joie ou du moins lui « donne un aliment (1). » On peut se demander si cette fatalité absolue de l'amour, telle que l'entend Spinoza, ne détruit pas l'amour même, ou du moins tout autre amour que l'amour do soi : en croyant aimer autrui, c'est nous que nous aimons, et notre don apparent aux autres est un don que nous nous faisons à nous-mêmes sous l'empire du besoin et du désir.

Au reste toute la partie fatale des sentiments est merveilleusement décrite par Spinoza. Une fois accordé que son analyse porte exclusivement sur nos passions et leurs lois nécessaires, la plupari de ses théorèmes deviennent vrais et profonds. En voici un exemple : — Proposition xlvii : « La joie qui provient de ce que « nous imaginons que l'objet détesté est détruit ou altéré de quel- « que façon, n'est jamais sans mélange de tristesse. -— Démonsa tration. Cela est évident par la proposition xxvn, paragraphe 3; « car en tant que nous imaginons qu'un objet qui nous est sem-

l. Pariie III, Appendice^ VL

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«. blable est dans la tristesse, nous sommes nous-mêmes con- « tristes. » Ainsi se trouve expliquée cette secrète amertume qui se mêle à tous les faux plaisirs de la haine et de la vengeance.

Plus loin, dans un théorème important, Spinoza fait une remarque digne d'attention : — « Une môme cause, dit-il, doit « nous faire éprouver pour un être que nous croyons libre plus « d'amour ou plus de haine que pour un être nécessité. » Spinoza ne semble- 1- il pas ici reconnaître que la perfection vraiment aimable, si elle pouvait exister, devrait être une bonté libre, non cette perfection fatale qu'il a préalablement attribuée à son Dieu et à son univers? Il nous commandera tout à l'heure l'amour de Dieu, et c*est dans cet amour qu'il placera la suprême béatitude ; mais, pourrait-on lui dire, si je croyais votre Dieu libre, je l'aimerais davantage : il devrait donc être libre pour être vraiment divin et aimable. — Dieu est libre, en effet, répond Spinoza. — Libre en tant qu'il n*est pas nécessité par un aulre^ mais non en tant qu'il ne serait pas nécessité par lui-même; or, admettez, puisque nous en sommes aux hypothèses transcendantes, qu'il ne soit pas plus nécessité par lui-même que par un autre, il sera plus libre et je l'aimerai davantage ; admettez aussi qu'il n'ait pas été nécessité à me donner l'existence, il sera plus libre et je l'aimerai davantage ; admettez enfin qu'il n'ait pas été nécessité à ne produire que des êtres dépourvus eux-mêmes de liberté; il sera plus libre et je l'aimerai davantage encore. Moi-même, si je fais partie des êtres libres, je serai plus aimable et plus aimant, et votre Dieu pourra mieux m'aimer, comme aussi il pourra mieux s'aimer en moi ; de plus, si les autres hommes ont été faits libres comme moi-même, je pourrai les aimer et être aimé d'eux davantage, aimer davantage ce Dieu d'où procèdent leur liberté et la mienne. Spinoza nous invite donc lui*même à considérer l'idéale perfection comme devant être libre et comme appelant la liber lé d'autrui au lieu de l'exclure. Quant au Dieu-Nécessité, je ne saurais vraiment l'aimer ni aimer en lui les autres êtres : Spinoza a beau l'appeler parfait et infini, je ne vois là qu'une puissance brutale, qui peut m'écraser, mais que je limite en concevant un idéal supérieur et que je nie autant qu'il est en moi en lui résistant.

IV. La morale de Spinoza est celle du fatalisme absolu et exclusif.Personne peut-être n'a rejeté avec plus de rigueur que Spinozp, fans reculer 'devant aucune conséquence, tout ce qui peut ressembler à .lin bien vraiment libre, à un réel mérite, à une réelle

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