MORALE DB 8PIN0IA
responsabilité. On pourrait considérer la morale et la politique de Spinoza comme une réponse à cette question : — Que seraient l'homme et la société si, par hypoihèse^ on en éliminait toute notion de moralité personnelle, tout emprunt au domaine de la volonté?
Spinoza rejette d'abord absolument la considération des causes finales dont on fait ordinairement le principe de la science des mœurs. De l'absence des causes finales dans la nature, — qui peut fort bien se soutenir, — il conclut trop rapidement au rejet de toute finalité idéale en morale. La nature, dit-il, n'a pas de but et n'agit pus pour une fin ; elle est ce qu'elle ne peut pas ne pas être, et voilà tout, c Cet être éternel et infini que nous nommons Dieu ou Nature » [Spinoza eût mieux fait de ne l'appeler que Nature] « agit comme il existe, avec une égale nécessité... Or, comme il € n*existe pas à cause d'une certaine fin, ce n'est pas non plus « pour une fin qu'il agit. Il est lui-même le principe de l'action c comme il est celui de l'existence, et n'a rien à voir avec aucune « fin. Cette espèce de cause qu'on appelle finale n'est rien autre « chose que l'appétit humain, en tant qu'on le considère comme c le principe ou la cause principale d'une certaine chose (t). • Par exemple le désir d'une maison est la cause finale de la maison. Quand nous supposons que la Nature agit aussi pour un but, nous prenons notre désir pour mesure des choses. Nous disons alors, par exemple, que la Nature a manqué sa fin en produisant un enfant aveugle, comme si la Nature agissait en vue d'une fin et conformément à notre désir 1 Nous ajoutons que l'ouvrage où la fin est manquée est imparfait ; mais l'idée de perfection ou d'imperfection ne représente que la relation des choses & notre désir. Tout étant au fond nécessaire, il n'y a rien & dire sur la perfection ou l'imperfection des choses, sinon dans leur rapport avec nous. Enfin « le bien et le mal i, selon Spinoza, « ne c marquent non plus rien de positif dans les choses considérées « en elles mômesy et ne sont que des façons de penser^ ou des « notions que nous formons par la comparaison des choses (2). » S'il n'y a en soi ni bien ni mal, il y a pourtant des chQses q Ton peut appeler bonnes pour nous ou utiles, mauvaises pour nous ou nuisibles. L'utile est ce qui sert à nous apporter de la joie ; le nuisible est ce qui nous apporte de la tristesse (3). »