IV. vHï
MOnALB DB SPINOZA. 207
Comme le bien absolu, devoir absolu et droit absolu n*ont aucun sens pour Spinoza. Au point de vue de la nature, et indépendamment de la société civile, il y a à la fois droit, devoir et nécessité pour tout homme de se procurer ce gui lui semble utile par tous les moyens possibles, force, ruse, prières, et de tenir pour ennemi quiconque veut Fempécher de satisfaire ses désirs (1). 1^ mesure du droit de chacun, c*est sa puissance. Là où chacun étend sa force, il étend son droit. Le meilleur droit est donc celui du plus fort : vertu et puissance sont une seule et même chose.
< L*ignorant et l'insensé n'est pas plus obligé de vivre selon c les lois du bon sens qu'un chat ne peut Tétre de vivre sous « les lois de la nature du lion. » Est-ce à dire que nous ne puissions par la raison établir aucune distinction entre les actes ? — Loin de là ; nous pouvons distinguer des actes plus utiles et d'autres plus nuisibles : cela suffit, selon Spinoza, à la science des mœurs. L'homme ignorant et insensé, que ses passions dominent, est misérable; l'homme qui domine ses passions est heureux : une nécessité éternelle lie la misère à l'esclavage de la raison et la béatitude à son développement libre ; que les hommes soient convaincus de cette vérité, et ils seront eux-mêmes nécessités à vivre selon la raison : voilà toute la morale. Rien ne sert d'accuser la volonté des hommes ou de s'indigner contre eux. Les hommes sont excusables, puisqu'ils sont forcés de faire ce qu'ils font; mais, tout excusables qu'ils soient, ils n'en sont pas moins privés de la béatitude quand ils s'écartent des lois de la raison, et cela est logique, c Un cheval est excusable d'être un cheval, et non un homme ; mais cela n'empêche pas qu'il ne doive être un cheval, et non un homme. Celui à qui la morsure d'un chien donne la rage est assurément excusable, et cependant on a le droit de l'étouffer. De même l'homme qui ne peut gouverner ses passions ni les contenir par la crainte des lois, quoique excusable à cause de l'in&rmité de sa nature, ne peut cependant jouir- de la paix de l'âme, ni de la connaissance et de l'amour de Dieu, et il est nécessaire qu'il périsse (2). »
La vie la plus raisonnable est aussi la vie la plus libre, si on entend par liberté une puissance qui n'est déterminée que par soi. La raison, en effet, comprend la nécessité des choses, qui est sa nécessité propre, et, par cette intelligence de la nécessité, elle devient libre. Si nous pouvions apercevoir la nécessité universelle.