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Spinoza à Oldenbourtr. Lclire XII

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nous ne ferions qu'un avec cette nécessité même, qui ne se distinguerait plus de notre raison ; et ne recevant plus du dehors aucune loi, nous jouirions d'une liberté infinie, identique à la béatitude infinie. Tel est Dieu.

Principe de sagesse et de liberté, Dieu n'est pas loin de nous : il est en nous, ou plutôt nous sommes en lui ; il est nous-mêmes dans le fond de notre être et de notre pensée. Nous n'avons qu'à nous dégager de l'extérieur pour nous rapprocher de la substance universelledont nous sommes les modes. Pour cela, il faut accroître notre science et, par la science, notre conscience de la nécessité universelle.

A mesure que nous rentrons ainsi en nous et en Dieu, les passions perdent leur force ; sous cette surface agitée de Tocéan sensible, nous retrouvons peu à peu le calme des eaux profondes, et si nous pouvions toucher en quelque sorte le fond de cette mer, c'est-à-dire la substance immuable, nous verrions l'orage passer sur notre tête sans la toucher. Comprendre, voilà donc le bonheur; et comprendre, c'est remonter jusqu'au principe des principes, qui est Dieu : <r La suprême vertu de l'âme, c'est de connaître Dieu, d

Pour cela, il faut concevoir les choses sous le caractère de l'éternité, sub specie xtetmi ; car l'éternité est l'essence même de Dieu. Delà ce théorème qui excitait l'admiration de Schelliog*' « Notre âme, en tant qu'elle connaît son corps et soi-même « sous le caractère de l'éternité, possède nécessairement la € connaissance de Dieu, et sait qu'elle est en Dieu et est conçue € par Dieu. » Or on voit les choses dans leur éternité quand on les voit dans leur nécessité, c'est-à-dire dans leur raison première.

En nous identifiant à l'éternelle nécessité qui fait dériver de Dieu toutes choses, nous aimons Dieu. Du même coup, nous aimons tous les autres hommes. Car « l'amour de Dieu, » dit Spinoza, c ne peut être souillé par aucun sentiment d'envie ni de « jalousie, et il est entretenu en nous avec d'autant plus de force € que nous nous représentons un plus grand nombre d'hommes « comme unis avec Dieu de ce môme lien d'amour. »

C'est seulement par cet amour que nous pouvons nous élever au-dessus de la durée et jouir d'une vie éternelle. « L'âme, dit « Spinoza, ne peut rien imaginer ni se souvenir d'aucune chose € passée qu'à condition que le corps continue d'exister, » mais l'âme ne vit point seulement dans la durée. N'y a-t-il pas en Dieu quelque chose qui fonde l'éternelle nécessité de notre âme,

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