‹ Histoire de la philosophieChapitre 220 sur 397 · MORALE DE SPINOZA · texte numérisé non relu

MORALE DE SPINOZA

ôt que Dieu conçoit? Cette chose est donc une idée de Dieu, qui a une étemelle existence. Eh bien, Tidée éternelle de l'âme, c'est l'âme elle-même dans son éternité. Sans doute, ajoute magnifiquement Spinoza, « il est impossible que nous a nous souvenions d'avoir existé avant le corps, puisqu'autt cune trace de cette existence ne se peut rencontrer dans le « corps, et que Téternité ne se peut mesurer par le temps, ni ft avoir avec le temps aucune relation ; et cependant nous sentons^ « nous éprouvons que nous sommes éternels. L'âme, en effet, ne I sent pas moins les choses qu'elle conçoit par Tentendement que « celles qu'elle a dans la mémoire. Les yeux de l'âme, ces yeux o qui lui font voir et observer les choses, ce sont les démonstratt tions. Aussi^ quoique nous ne nous souvenions pas d'avoir « existé avant le corps, nous sentons cependant que notre âme, « en tant qu'elle enveloppe l'essence du corps sous le caractère de « l'éternité, est éternelle, et que cette existence éternelle ne peut a se mesurer par le temps ou s'étendre dans la durée. Ainsi donc « ou ne peut dire que notre âme dure^ et son existence ne peut « être enfermée dans les limites d'un temps déterminé qu'en tant a qii'elle enveloppe l'existence actuelle du corps ; et c'est aussi à a cette condition seulement qu'elle a le pouvoir de déterminer a dans le temps l'existence des choses, et de les concevoir sous la « notion de durée. » A cette hauteur oti Spinoza s'est élevé par la force de sa pensée, il semble que, dans sa voix même et dans le grave accent de son style, retentisse je ne sais quoi d'éternel : Non moriale sonat.

t Si l'on examine », dit-il encore, « l'opinion du commun « des hommes, on verra qu'ils ont conscience de l'éternité de leur € âme, mais qu'ils confondent cette éternité avec la durée, et la « conçoivent par l'imagination et la mémoire, persuadés que tout « cela subsiste après la mort. » Mais qu'est-ce qui peut subsister? — L'intelligence ou la conscience de la vérité éternelle, c'est-àdire de Dieu. Cette intelligence ne fait qu'un avec l'amour de la vérité étemelle, et Spinoza l'appelle l'amour intellectuel de Dieu. Intellectuel, disons-nous, et non pas moral. Spinoza ne s'élève jamais au-dessus de la pure intelligence. Toutefois l'intelligence est déjà si belle en elle-même qu'elle finit par éclairer toute cette doctrine de sa lumière.

€ 11 n'y a d'amour éternel, dit Spinoza, que l'amour intellectueL » Et il ajoute: « Dieu s'aime soi-même d'un amour intellectuel infini.» Confondre notre amour de Dieu avec cet amour de

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Dieu pour soi, voilà la vie éternelle : nous vivons alors en Dieu, nous sommes Dieu, a L'amour intellectuel de Tâme pour Dieu a est l'amour même que Dieu éprouve pour soi, non pas en tant « qu*inflni, mais en tant que sa nature peut s'exprimer par lesa sence de l'âme humaine considérée sous le caractère de Téter- « nité ; en d'autres termes, Tamour intellectuel de Tâme pour « Dieu est une partie de l'amour infini que Dieu a pour soi-même.., « II résulte de là que Dieu, en tant qu'il s'aime lui-même, aime « aussi les hommes, et par conséquent que l'amour de Dieu pour tt les hommes et l'amour intellectuel des hommes pour Dieu ne « sont qu'une seule et même chose. Ceci nous fait clairement (( comprendre en quoi consiste notre salut, notre béatitude, en <( d'autres termes notre liberté, savoir, dans un amour constant « et éternel pour Dieu, ou, si l'on veut, dans l'amour de Dieu pour « nous (]). »

Plus nous aimons Dieu, c'est-à-dire plus nous le connaissons, plus nous vivons de la vie bienheureuse et éternelle. « A mesure a que l'âme connaît un plus grand nombre de choses d'une con- « naissance du second et du troisième genre [scientifique et metaa physique], elle est moins sujette à pâtir sous l'influence des affectt tions mauvaises, et elle a moins de crainte de la mort... II en a résulte que Tâme peut être d'ime nature telle que ce qui périt a d'elle avec le corps ne soit d'aucun prix en comparaison de ce qui « continue d'existei après la mort. » L'impersonnelle raison, voilà ce qui subsiste; la mémoire et l'imagination, voilà ce qui disparaît. C'est ce qu'avait dit déjà Aristote en admettant Téternité de l'entendement actif, c La partie éternelle de l'âme, dit Spinoza, c'est « l'entendement, par qui seul nous agissons ; et celle qui périt, « c'est l'imagination, principe de toutes nos facultés passives. »

L'éternité de l'âme, qui est sa béatitude, ne doit pas être considérée comme un salaire de la vertu, c Alors même, dit Spinoza, fc que nous ne saurions pas que notre âme est étemelle, nous ne « cesserions pas de tenirpour les premiers objets de la vie humaine « la piété, la religion, en un mot tout ce qui se rapporte à l'intrtJ- « pidité et à la générosité de l'âme.... Nous nous écartons ici, à ce « qu'il semble, de la croyance vulgaire. Car la plupart des hommes « pensent qu'ils ne sont libres qu'autant qu'il leur est permis « d'obéir à leurs passions, et qu'ils cèdent sur leur droit tout ce « qu'ils accordent aux commandements de la loi divine. La piété,

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