‹ Histoire de la philosophieChapitre 229 sur 397 · Confess. philosoph» Dialogue inédit · texte numérisé non relu

Confess. philosoph» Dialogue inédit

3SS PHILOSOPHIE DE LEIBlIfZ.

désir conscient de lui-même est spoutaaé, peut-on dire qu'il soit vraiment libre?

Il ne semble pas que Leibniz, en définitive, se soit élevé ni aadessus du désir, ni au-dessus de l'intelligence. Il laisse toujours subsister en dehors de la volonté une fin différente d'elle-même» qu'elle connaît et poursuit nécessairement ; mon désirabeau être mien, mon mouvement a beau être mien, la dernière raison de ce désir ou de ce mouvement n'est pas en moi, mais en dehors de

• moi. Pour que ma liberté fût réelle, il faudrait que la fin pour-

• suivie ne fût pas différente de la liberté même, et que la liberté

• fût ainsi à elle-même sa propre fin (I). C'est là un point de vue ' auquel Leibniz, à vrai dire, ne s'est pas élevé.

Aussi n'a-t-il pas réellement montré à l'homme Tidéal de la ^ moralité proprement dite, qu'il cherchait à fonder sous le nom de

• règne moral. La volonté, telle qu'il la conçoit, n'est pas vraiment j^ désintéressée de toute fin étrangère ; elle ne se donne pas véritablement elle-même au bien ; elle désire, elle n^aime pas. Leibniz, il est vrai, a proposé cette belle définition de l'amour : « Aimer, c'est se délecter du bonheur d'aulrui, » ou, ce qui revient au même, c'est rechercher le bonheur d'autrui pour son bonheur propre (2); mais ce n'est là que le dehors de l'amour; aimer, pourrait-on dire, ce n'est pas seulement se réjouir du bonheur d'autrui : c'est vouloir librement ce bonheur et le faire librement. La morale de Leibniz ne parvient pas à s'élever au-dessus d'une recherche plus ou moins directe du bonheur personnel : on ne voit pas en quoi son « règne de la grâce * dépasse son règne de la nature.

Cette notion insuflisanle de la volonté, Leibniz l'a transportée de l'homme à la cause première. 11 a méconnu ce qu'on pouvait trouver de plausible dans la théorie de Descartes, d'ailleurs trop théologique, qui subordonnait l'intelligence et ses lois nécessairea à une première volonté radicale. Le principe universel n'est pour Leibniz qu'une intelligence, comme Tâme n'est qu'une intelligence. • En Dieu, dit-il, comme dans tout être intelligent, les « actions de la volonté sont postérieures par nature aux actions de « Tintelligence (3). » Il en résulte que son Dieu semble toujour» soumis, comme le Jupiter antique, à une sorte de Destin, qui est la vérité conçue par son entendement; car c'est dans la vérité

i. Voir notre livre sur la Liberté et le déterminisme.

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