Duteos, V, p
• MOnALB DR LEIBNIZ. 327
éternelle que Leibniz place la nécessilô primitive, origine de toutes les autres, el en particulier de celte triste nécessité qu'on appelle le mal. Le mal devient ainsi indispensable au meilleur uniyers. « Dieu ayant fait toute réalité possible qui n^est pa« « éternelle, il aurait fait la source du mal, si elle ne consistait « pas dans la possibilité des choses ou des formes, seule chcse ce que Dien n'ait point faite, puisqull n'est point auteur de son m propre entendement (1). » Ce Dieu qui trouve tout, fait son entendement avec le mal qu'il enveloppe, et qai n*7 peut rien changer, est-il vraiment supérieur à la nature ?
Il suit de cette doctrine que le principe du mal, n*étant pas la ▼olonté de Dieu, mais son entendement nécessaire, se confond en définitive avec Teiistence même de Dieu. « Le péché est, dit en « effet Leibniz, non parce que Dieu veut, mais parce que Dieu « est. » Si la volonté de Dieu se trouve ainsi absoute, en revanche la perfection absolue de ce Dieu est détruite. « La cause de là « volonté, dit encore Leibniz^ est TinteUigence ; la cause de Tin- « telligence est le sens, la cause du sens est l'objet... ; la volonté « de pécher viendra donc des choses extérieures, c'est-à-dire de « l'état présent des choses ; l'état présent vient du précédent, le « précédent d'un autre état précédent, et ainsi de suite ; donc « l'état présent vient de la série des choses, de l'harmonie uni- « verselle; l'harmonie universelle vient des idées éternelles el « immuables ; les idées, contenues dans l'entendement divin, « viennent d'elles-mêmes, sans nulle intervention de la volonté m divine ; car Dieu ne pense pas parce qu'il veut, mais parce « qu'il est (2). » Cette génération du mal, qui le fait découler de la nature divine, nous ramène à la théorie de l'émanation, et le Dieu de Leibniz ne semble autre chose que la Nature elle^ même, conçue dans son unité primitive, d'où émanent les formes premières des choses. Aussi Leibniz finit-il par représenter le mal moral comme nécessaire à l'existence de Dieu même, ce qui est une façon détournée de diviniser le mal, à laquelle aboutit néces* sairement l'optimisme absolu : — « Supprimez les péchés, dit « Leibniz, toute la série des choses aurait dû changer ; la série « des choses étant supprimée ou changée, la dernière raison dei^ tt choses, c'est-à-dire Dieu, sera enlevée aussi et changée (3). » Spinoza ne parlait pas autrement, et Leibniz aboutit comme lui