‹ Histoire de la philosophieChapitre 236 sur 397 · ÉCOLE ÉCOSSAISE (XVIII* ET XIX- SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ÉCOSSAISE (XVIII* ET XIX- SIÈCLE

RBID, 8TBWART, HAMILTON.

Selon Thomas Reid, la philosophie doit être fondée sur le sens commun. La psychologie est une histoire naturelle de l'âme ayant pour méthode la simple observation des phénomènes. La métaphysique est supprimée. — Dugald Stewart continue la même tradition. — Hamilton, au dixneuvième siècle^ donne à là philosophie écossaise sa forme la plus parfaite. S'inspirant de Kant et de Hume, il exprime clairement le principe sur leauel repose Tempirisme psychologique des Ecossais : c'est que l'absolu, objet de la métaphvsique, est inconnaissable. ^ Relativité de toute connaissance. — Connaître c'est conditionner; connaître l'inconditionnel ou l'absolu, ce serait le détruire. L'absolu ne peut être qu'un objet de foi, non de connaissance.

332 PHILOSOPHIE ANGLAISE BT iCOSSAISB»

I. Locke, né en Angleterre en 1632, mort en 1704 (1), oontinae la tendance gui caractérise la philosophie anglaise : c'est an des fondateurs de la psychologie empirique. Il n*a ni la méthode rigoureuse de Hobbes, ni des principes aussi arrêtés ; il se fie trop au sens commun et mêle souvent des observations superficielles à ses fines analyses ; Tinduction vulgaire est parfois substituée par lui à la déduction scientifique. Néanmoins, son Essai sur tenr tendement humain ent le mérite de bien poser pluaieurs problèmes importants et d'en préparer la solution.

La question dont Locke se préoccupe avant tout est celle de l'origine des connaissances. Il critique la doctrine des idées innées qu'il prend, d'ailleurs, en son sens le plus étroit, comme supposant des idées toutes faites et des propositions toutes formulées que l'homme apporterait en naissant. Selon lui, point de connaissances, de maximes, de principes innés : rien dans rintelligence qui n'ait été d'abord dans les sens. Il admet cependant comme source des idées, outre la sensationf la réflexion; par là il entend seulement l'observation des phénomènes intérieurs, et il ne se demande point si l'esprit aperçoit en lui-môme autre chose.

De cette doctrine empirique sur l'origine des idées dérive la dojtrine de Locke sur les limites de notre connaissance. — Pour lui, ce sont les limites de l'expérience même. Il faut renoncer aux questions concernant la substance et l'essence des objets : la substance se résout pour nous en un assemblage de sensations ; quant à l'essence intime des choses, nous ne pouvons la connaître, car nous ne connaissons que l'etFet des choses sur nous. Nos sensations, par exemple, ne ressemblent pas plus aux objets que les mots aux idées. Aussi ne pouvons«nous savoir ce qu'est la matière en elle-même, et t si Dieu n'a pas pu lui donner le pouvoir de penser ».

IL Le but que Locke se proposait dans sa philosophie était surtout pratique, moral et social. Ses théories morales se ramènent à la doctrine du bonheur et de l'intérêt ; mais ses théories sociales

1. OEavres complètes, Londres, 1853. Principaux ouvrages : Bisaiwr ^entendement humain et Essai sur le gouvernement civil.

et politiques contiennent un grand nombre de vérités qui exercèrent leur influence sur tout le dix-huitième siècle. Le principal titre de Locke, c'est d'avoir été un des fondateurs du libéralisme moderne.

Sans doute Locke demeure toujours fidèle à l'esprit de la philosophie anglaise, qui résout l'idée du droit dans celle de l'utilité individuelle ou sociale ; mais, s'il ne pénètre pas jusqu'au fondement véritable du droit, je veux dire l'idéal de la liberté morale considérée comme infiniment précieuse par elle-même, il recon* naît cependant et que tout droit est une liberté et que le premier des droits est la liberté même.

C'est qu'aux yeux de Locke la liberté, avec Tégalité qui en est la suite, est la nature même de Thomme. Hobbes a mal conçu l'état de nature en le représentant comme un état sauvage où règne la loi du plus fort; le véritable état de nature, n'est-ce pas la nature même de Thomme et sa relation naturelle avec les autres hommes, abstraction faite de toutes les relations de la société civile? Eh bien, la nature de l'homme n'est pas d'être une force brutale, comme Hobbes le suppose : elle consiste dans la liberté. De plus, la relation naturelle des hommes entre eux n*est pas la relation d'une force brutale à une autre force brutale, qui aboutirait au droit du plus fort ; c'est celle d'un être libre à un autre être libre, qui aboutit à l'égalité. Les relations naturelles subsistent indépendamment des conventions sociales : elles établissent entre les hommes une société naturelle antérieure à la société civile, un droit naturel antérieur au droit civil.

Les hommes n'ont donc point naturellement droit à tout, comme le soutient Hobbes. Ils ont seulement le droit de développer et le droit de défendre leur liberté, ainsi que tout ce qui en dérive.

Au droit naturel de développer sa liberté se rattache le droit de propriété, qui est également naturel. La théorie de la propriété est ou des points les plus neufs et les plus forts du livre de Locke. Quel est le principe par lequel, sans convention aucune, sans l'intervention de l'autorité et de la loi, l'homme, d'abord placé dans la communauté universelle, devient individuellement pro« priétaire ? Avant Locke on avait cherché ce principe dans l'occupation ou dans la loi ; Locke pénètre plus profondément dans la question et trouve le fondement de la propriété dans le travaiL — c Encore que la terre et les créatures inférieures soient comt munes, chacun pourtant a un droit particulier sur sa propre

« personne. Le travail de son corps et Touvrage de ses mains « 8ont, nous le pouvons dire, son bien propre. Tout ce qu'il a « tiré de Tétat de nature, par sa peine et son industrie, appartient à « lui seul ; car, cette peine et cette industrie étant sa peine et soh « industrie propre, personne ne saurait avoir droit sur ce qui a été € acquis par cette peine et cette industrie, surtout s'il reste « aux autres assez de semblables et d'aussi bonnes choses com- « munes. (1) » L'occupation elle-môme n'est qu'un travail : cela est évident lorsqu'elle exige de grands efforts, comme l'occupation d'une partie de l'Amérique par Christophe Colomb ; mais la moindre des occupations, celle qui consisteraiti par exemple, à cueillir un fruit sur un arbre, suppose toujours un certain eOort et un certain travail ; voilà pourquoi le fruit, s'il n'était antérieurement à peraonne, devient la propriété naturelle de celui qui le cueille : car ce dernier l'a mis par son travail hors de l'état commun.

Ainsi se fait l'appropriation pour les fruits de la terre ; mais en est-il ainsi pour la terre elle-même? — Autant je puis, répond Locke, ensemencer et labourer d'arpents de terre, autant j'en puis posséder, sauf quelques restrictions dont on parlera tout à l'heure. Locke va même jusqu*à dire que c'est le travail qui crée presque toute la valeur de la terre ; par là il devance Adam Smith et les économistes, qui placent dans le travail le principe de la valeur, c Qu'on fasse différence, dit-il, entre un arpent de terre où « on a planté du tabac ou du sucre, ou semé du blé ou de l'orge, « et un arpent de la même terre qui est laissé en commun, sans « propriétaire qui en ait soin, et l'on sera convaincu que les c effets du travail font la plus grande partie de la valeur de ce qui « provient des terres. Je pense que la supputation sera bien moc deste si je dis que, des productions des terres cultivées, neuf « dixièmes sont les effets du travail. La conséquence de cette c doctrine, c'est que je suis bien propriétaire de la chose que mon c travail a créée. Car je puis dire que j'ai créé ce qui sans moi c serait absolument inutile. Un champ en friche n'est rien ; il ne c devient quelque chose que par le travail humain. Il appartient c donc de droit à celui qui Ta ensemencé et fécondé. »

Toutefois le droit de propriété, selon Locke, est soumis à deux conditions. La première, c'est que le possesseur ne laisse point périr la chose entra ses mains. Ainsi celui qui, s'appropriaut pluâ

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